23.9.09

Le Corbillard




Par des temps de brouillard, de vent froid et de pluie,
Quand l'azur a vêtu comme un manteau de suie,
Fêtes des anges noirs ! dans l'après-midi, tard,
Comme il est douloureux de voir un corbillard,
Traîné par des chevaux funèbres, en automne,
S'en aller cahotant au chemin monotone,
Là-bas vers quelque gris cimetière perdu,
Qui lui-même, comme un grand mort, gît étendu !
L'on salue, et l'on est pensif au son des cloches
Elégiaquement dénonçant les approches
D'un après-midi tel aux rêves du trépas.
Alors nous croyons voir, ralentissant le pas,
A travers des jardins rouillés de feuilles mortes,
Pendant que le vent tord des crêpes à nos portes,
Sortir de nos maisons, comme des coeurs en deuil,
Notre propre cadavre enclos dans le cercueil.

Émile Nelligan
1879-1941

2 commentaires:

jp a dit...

j'ai travaillé ce matin, alors je suis un peu fatigué. mais j'aime bien le dernier vers. en fait, l'art de la poésie, ça serait peut-être pas de définir les choses, ou dire comment elles sont, mais plutôt de les saisir au vol sur l'instant, comme graver un coeur dans l'écorce d'un arbre.. chépas.
moi, la mort maintenant, je trouve ça tout naturel, en dehors comme en dedans. une mort qui serait naturelle, pas issue d'une déflagration de violence dans le temps, biensur. mais c'est vrai qu'on la voit pas toujours arriver.
sinon, y penser, ben...
c'est comme ça. puis en fait, ce que j'en pense, c'est que ça sert à rien de penser à sa propre mort avec cette espèce de regret de ne plus exister. une injustice en quelque sorte, celle qui nous ferait insulter les dieux.. nan.
en fait, y'a un truc à transcender là-dedans. comme si en acceptant la mort, on la défiait en la rejetant aux oubliettes, et en se penchant sur le mensonge qu'elle représente, aussi. comme si ce qui était important, c'était la vie, et que ce qu'on appelle la mort, ne serait qu'une forme de vie sous une autre forme. comme un héritage dédié à l'univers, ou un truc comme ça. c'est comme relier inconsciemment la mort à un sentiment de solitude extrème, et injuste, le réflexe qu'on a, souvent. mais l'autre fois j'ai lu que la plupart des problèmes des humains étaient reliés au fait qu'ils avaient peur de la mort, et même si c'est pas toujours vrai, ce que j'en ai retiré, c'est qu'en regardant la mort en face, et en se familiarisant à sa présence, on avait moins peur d'elle, et que finalement, ça me libérait dans la vie. au contraire de développer en moi un sentiment morbide, de fardeau et de rage impuissante, me suis senti libéré, voilà. bref, je vais arrêter de causer, de toute façon, c'est l'heure de manger.
bon appétit à toi. (fais attention à ne pas trop prendre de bide quand même, parce que sinon...)

Mistral a dit...

Ben du bon sens, ton affaire. M'en vas y jongler.

Thanks...