24.1.15

Adieu, Kid... SIMON GIRARD: 1979-2015

Simon s'est suicidé le 4 janvier.

Emcée me l'a annoncé doucement hier midi, après l'avoir appris chez Sandra Gordon, dont c'est l'anniversaire aujourd'hui et qui naquit la même année que lui.

Je n'ai pas dormi depuis. Rien à voir avec un bouleversement émotif, un choc, une douleur vive et soudaine. Tout le contraire, en fait.  Je savais que je devrais laisser à la nouvelle le temps de me pénétrer, et à moi celui de l'absorber. La mesurer. L'interpréter. L'écrire. J'ai commandé de la coke sans le moindre désir, la première fois depuis des mois, au point que mon pusher me croyait mort ou en prison à force de ne plus recevoir mes appels. Sans le moindre désir, mais je m'installais pour un lent et long bout de temps, ce qu'il faudrait pour rassembler mes souvenirs et réfléchir et ressentir. On ne va pas dormir quand un ami vient de mourir. Pas avant l'épuisement des pensées.

Simon. J'ai relu toute notre correspondance, qui s'étend sur nombre d'années et prend plusieurs formes, des courriels et des chats, surtout. Me suis rappelé ainsi cent choses que j'avais oubliées. Qu'on avait faites, ou discutées, les deux en général. Et chaque archive me semblait propre à choisir pour publier ici un échantillon de ta voix. Sauf que c'est privé. C'est pas parce que t'es mort que je suis délié de notre accord tacite de confidentialité. Pas le jour de tes funérailles, anyway. Dans l'avenir, on avisera. On avisera. Dans l'avenir. Christ! Que ces concepts semblent creux et futiles aujourd'hui...

Alors quoi?

Alors ça. Autrefois, j'ai tâté du podcast. Ici, au Bunker, de manière expérimentale. Et le premier, je l'ai fait avec toi. On l'a diffusé. C'était public. On était plutôt contents du résultat. Et on l'y entend, ta voix, Kid, on l'y entend d'une façon qui fait mal maintenant.

Je l'exhume donc. En mémoire de toi, mon gars...









6.9.14

Songeant à toi, Monsieur mon Fils...

Father and son, de Cat Stevens. Je te le chantais les lèvres collées au ventre gonflé de ta mère quand tu lui donnais des coups de pied, pressé de naître, de sortir, de grandir, de partir.

Je te le chantais, et ça te calmait. Elle aussi.

4.5.14

Butch qui aime Trois-Rivières et en désespère, Butch qui aime l'humanité sans en désespérer...

a publié tout à l'heure un de ces brillants et beaux billets dont il a le secret. Quand il s'indigne au quotidien, sa condition naturelle, il écrit déjà très bien, mais quand l'indignation le cède à la décision froide, il approche la perfection, paraphant des pamphlets que peu pourraient produire.

Je reproduis son texte ici, par précaution, au cas où dans un jour futur certaines archives s'effacent de l'Internet, qui est loin de conserver autant qu'on le prétend.



dimanche 4 mai 2014

Le règne du rire amer et de la rage à l'UQTR




C’est le règne du rire amer et de la rage

De se savoir poète et l’objet du mépris,
De se savoir un cœur et de n’être compris
Que par le clair de lune et les grands soirs d’orage !

Émile Nelligan, La romance du vin



L'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) est un promoteur immobilier de la région qui fait semblant d'offrir du savoir pour mieux vendre des pyramides de gypse.

En ce moment, les autorités de l'UQTR ont fait savoir leur intention d'investir dans la construction d'un Colisée sur le campus de l'université. En plus d'abattre mille arbres pour rien, cette décision n'a rien à voir avec la mission d'une université. À moins qu'elle n'en ait pas. Il est vrai que Rabelais, Thomas More ou bien Érasme ne sont plus à la mode...

On peut très bien débarrasser l'UQTR de la musique, de la théologie, de la philosophie, voire de tout ce qui ne se rapporte pas au sport ou bien aux pilules. L'UQTR survivra bien à tout ça si les jeux continuent. C'est ce qu'ont compris les promoteurs de l'UQTR. D'où leur saccage éhonté de l'institution. Les invasions barbares se poursuivent. Bientôt, tout se réglera sur la patinoire en laissant tomber les gants.

Pour les autres, il restera toujours les bibliothèques publiques et l'Internet, mince espoir d'assurer la transmission du savoir dans un trou reculé comme le nôtre où l'on bande sur le hockey, le vroumvroum des grosses totos et les monuments au kitsch de son élite pas très reluisante.

Ça fait dur à Trois-Rivières. Tout le monde le sait. Ce qui en fait l'endroit rêvé pour détruire n'importe quoi n'importe comment. Un stencil qui tient lieu de fresque, un escalier ici, un amphithéâtre là-bas et les niaiseries suivent leur cours, menaçant d'annihilation les deux pelés et trois tondus qui défilent en colère dans nos rues. Ils peuvent bien gueuler que Trois-Rivières est une sale ville malgré tous les efforts déployés par les gentils organisateurs électoraux du Club Merde local pour jeter ce parfum de push-push cheap sur sa séculaire odeur de soufre et de putréfaction politique.

Évidemment, la rectrice de l'UQTR et ses fidèles molosses se chargeront de faire taire les vieux messieurs et vieilles madames qui ne sortent pas leur revolver quand ils entendent le mot culture. Au diable ces professeurs Tournesol et autres intellectuelles à lunettes qui ne comprennent rien à l'économie du savoir!

Il faut économiser sur le savoir pour bâtir un Colisée sur le campus. On ne rase pas mille arbres pour apprendre quelque chose. On ne fait pas de l'argent autrement qu'en élaborant des projets de fous qui ressemblent follement à des chèques en blanc.

Pourtant, mille arbres et sans doute autant de citoyens vous regardent, mesdames et messieurs les promoteurs de hockey de l'UQTR, faussaires de l'institution universitaire, marchands du temple et majorettes d'une économie de la déchéance intellectuelle. Laquelle est élevée au rang des plus hautes vertus parmi ceux et celles qui n'ont pas de classe.

C'est à en chier par terre.

J'ai vraiment honte pour l'UQTR.



Gaétan Bouchard
Bachelier en philosophie (1992)
Université du Québec à Trois-Rivières