17.11.11

Elefthéria-Psômi-Paideia

Depuis 1973, le 17 novembre a cessé de signifier pour les Grecs la même chose que pour le reste du monde (un jour insignifiant situé entre le 16 et le 18 novembre). Il marque un moment déterminant de leur histoire, et déchirant pour ceux qui sont assez vieux, qui l'ont vécu, au pays ou pire, en exil. Paradoxalement, plus passe le temps, plus l'évènement prend valeur universelle: chaque jeune génération partant protester contre le pouvoir et l'oppression y trouvera quelque chose qui lui parle.

En attendant, la Grèce universelle, pour moi, est incarnée dans l'absolu personnel: un homme, un seul, un Grec, l'ami total définitif qui le resterait même si l'amitié décédait, pour qui je suis cela aussi, un Grec public omniprésent sous cent visages cybernétiques et dont pourtant personne ne pige un traître iota de ce qu'il est. Quand quelqu'un n'exprime jamais en mots un seul morceau d'émotion sur des centaines et des centaines de pages, cela ne saute-t-il pas au visage qu'il s'agit de pudeur, et de respect pour le caractère privé, sérieux, sacré des sentiments, les siens aussi bien que ceux des autres, dans un monde où l'on galvaude le coeur en étalant ses douleurs comme les putains d'Amsterdam s'exposent en vitrine, où l'on pleure et gémit collectivement gratuitement mais où faire autrement coûte cher...

Antonios Vekris, c'est ma Grèce, et aussi sa Nikki, maintenant qu'ils se sont retrouvés. Ce 17 novembre a un sens encore plus singulier pour eux deux: il n'en sera pas question ici.

Vekris, son ami d'adolescence est resté sur le pavé à cette époque, éternellement figé dans sa robuste beauté de jeunesse, son idéal, son ignorance du cynisme, dans le coeur et l'esprit d'Antonios qui lui ne s'absoudra jamais tout à fait d'avoir vécu, vieilli, appris la mécanique du monde. Chaque 17 novembre lui est plus douloureux, pas moins.

C'est en hommage respectueux à l'âme de mon ami, et à travers lui saluant l'âme de toute la Grèce, que je souligne ce jour.

7 commentaires:

coffeeandsci a dit...

J'avais des larmes de peine, tu m'en donnes de joie.

Salopard !

Mistral a dit...

T'as que ce que tu mérites.

Ah, il est beau, le berceau de notre civilisation! Pouvez être fiers| Pas d'hier, hein, le dicton sur les cadeaux de Grecs? La philosophie, la démocratie, l'idéal athénien, la mythologie riche et parlant à l'intelligence, tous ces machins si purs et beaux qu'on n'a jamais été foutus de réaliser, au point qu'ils servent plus qu'à nous remettre le nez dans le fumier de notre faillite. Déjà qu'on a mené notre espèce dans un cul-de-sac et que Sapiens est déjà disparu à toutes fins pratiques, l'extinction intégrale s'étalant sur encore trois ou quatre générations n'étant qu'une formalité: l'Homo nouveau arrive, il est même un peu déjà là, n'est-ce pas, tu le sais trop; l'humain tel qu'on l'aura permis, notre très proche descendant, l'Homo Connardus (le mot est de Terrible dans son billet du 16 juillet 2010), alors déjà, disais-je, qu'on a un cancer terminal, s'il faut en plus souffrir jour après jour le souvenir de la Grèce Antique pour bien sentir ce qu'on est cons mais cons si cons que les fossiles de dinosaures doivent se marrer.

Bon. Sinon, rien de sérieux, sauf ce que tu sais: aujourd'hui et désormais, le 17 novembre, je serai Grec aussi, mon Colosse.

coffeeandsci a dit...

Il y a trente ans, quand je disais avoir quitté la Grèce parce qu'il y avait trop de grecs là bas ça rigolait nerveusement. Il y en a qui comprennent maintenant de quoi je parlais. Semble que le pays cultive sa décadence avec brio.

Il servira le fumier à nourrir les belles fleurs de demain. Suffit de ne pas avoir le nez sensible, ou peur de se salir les pompes, pour les trouver dans les décharges. Suffit de les cueillir et les transplanter.

Ma Pythie dit : positive reframing and keep going, everything will be alright - or not. Je tente le coup, sur le chemin de la sortie ;-)

Espèce de grec d'adoption, gardes ta lame tranchante, nous avons des kadaïfs à chasser ensemble.

MakesmewonderHum a dit...

Je retiens, plus avant et ailleurs, que parmi toutes les richesses qu'on hésite à faire siennes, celle du sol sur lequel nos mère accouchent nous façonne et prédispose à être, avec cette somme de particularités bien nôtres et aussi,du rayonnement qu'elles auront.

Mistral a dit...

@AV

Mon coutelas crétois est installé sur le mur dans l'entrée, un vrai bibelot monté sur une cimaise vu comme ça. On croirait pas qu'il existe vraiment des lames capables de couper un cheveu en quatre.

@MMWHM

Ch'penserais que ça dépend énormément des valeurs et des cultures familiales, disons des régions pour rester safe. Moi, par exemple, ma mère est née à Montréal, elle a grandi en ville, alors c'est naturel que, sans être snob ou capricieuse ou rien de ce genre, elle pense comme toute ma famille depuis des générations, comme moi, comme mon gars, que quand ta mère accouche sur le sol, richesse n'est pas la première idée qui nous vient par association. Tsé, ché pas si t'as déjà vu les dégâts après un accouchement, mais c'est pas comme dans les films, ek leur eau chaude pis leurs serviettes propres. Bon, des draps, ça se jette et se remplace aisément, encore qu'au temps où l'accouchement se faisait à la maison, le grand-père en contemplant l'état de la chambre post partum et cherchant par où diable commencer à nettoyer, souvent décidait sagement qu'il serait beaucoup plus facile de démonter la toiture un bardeau à la fois puis de mettre la masse dans les murs, tout sacrer ça à terre, aurait fallu rénover anyway d'ici quinze ou vingt ans, et Pépère charriait les débris jusqu'au pit à vidanges cent pieds plus loin que la bécosse, il partait une bonne flambée aussitôt qu'il avait charrié trois quatre barouettées, assez pour nourrir le feu le temps qu'il charrie le reste. Il continuait toute la nuit, pour pas laisser mourir le feu; le matin il restait rien, de loin on n'aurait jamais su qu'il y avait eu là la veille une pièce de plus, la chambre conjugale, ni qu'un bébé y était né. De près, on voyait bien ce plancher de bois franc en plein-air. Pépé allait dormir dans sa berçante, le plancher attendrait demain pour flamber. À la place, pour couvrir la fondation en ciment, il installerait du beau prélart moderne. Ça lui avait pris douze jours pour poser le maudit plancher de bois franc une latte à la fois, le prélart prendrait pas un avant-midi. Pis c'était ben plus commode pour la femme, pas de frottage au sable pis à brosse, pas de cirage, tu passes la moppe pis bingo. Pépère somnolait, il se disait Mais bon va falloir se mettre à jongler à une meilleure solution avant le prochain, chu pas pour me mettre à démolir pis reconstruire la chambre aux dix-huit mois, le bois me coûte rien, je le bûche moi-même sur ma terre, le bardeau c'est pas cher, j'en ai scrapé peut-être un tiers, le reste est bon à reposer pis je remplace le reste. Non, c'est des affaires comme le matelas, ça coûte un bras... Comment je vas ben pouvoir confesser à M. le Curé que j'ai brûlé le grand crucifix dans le pit à vidanges?... Oué, veut veut pas, au prochain elle ira chez la sage-squaw. Pépé s'endormait en ronflant, mémé ché pas pantoute où elle était, ni le bébé, euh, papa.

Ouep: L'état du sol ouske la mère vient d'accoucher, c'est comprenable qu'on hésite à faire siennes ses richesse: ce sera déjà beau si l'herbe repousse l'année prochaine

Chpense pas que ben des femmes n'importe où dans le monde, ni de n'importe quand dans le passé en fait, ok chpas sûr mais d'après moi les femmes vont majoritairement voter pour accoucher dans un lit, tsé, au moins une pile de capots d'poil ou un tas de paille, mais sur le sol ça m'étonnerait. Paski faut qu'elles soient au chaud, pis qu'elles se sentent en sécurité, pis c'est pas souvent qu'on se met pas à geler quand on reste allongé longtemps à terre. La sécurité, en plein champ. Même si elle a pas peur des loups, des murs, une maison, c'est mieux. Regarde la vierge Marie, même elle, de la paille, un abri, du chaud. T'es tu déjà fait souffler dans face par un âne pis un beu?

MakesmewonderHum a dit...

Tu me confirmes par cette presqu'anthologie de décors de chambres des naissances, avec Pépé pis tou'l kit que les Grecs originent pas d'Iqaluit et que toi,
t'as bin l'air de venir d'icitte.

MakesmewonderHum a dit...

Drôle de coïncidence, dans Le Devoir de fin de semaine, il y avait un petit contre-rendu d'un essai de politique économique qui concernait l'endettement des gouvernements, grec en particulier où l'auteur, Maurizio Lazzarato relatait que déjà 6 siècles, avant notre ère, le roi Solon légiférait à l'effet que personne ne pouvait être réduit à l'esclavage pour cause de dettes. Était-ce prémonitoire de la situation actuelle, selon l'auteur où aujourd'hui , non seulement les citoyens sont réduits à l'esclavage par leur endettement mais leurs gouvernements aussi. Tout cela, bien entendu orchestré par la haute finance pour un meilleur contrôle des polulations et à qui bénificie le bordel engendré.

"LA FABRIQUE DE L'HOMME ENDETTÉ"
Maurizio Lazzarato
Éditions Amsterdam