14.6.13

Blue by Lorka



Laure Kalangel, dont le talent m'époustoufle depuis longtemps, me fournit avec ce nouveau vidéo l'occasion d'ajouter quelque chose au portrait de Blue tel que je le brosse en mots et le publie par petits bouts. Quelque chose que je retenais faute de trouver un moyen de l'écrire sans paraître me flatter moi-même.

Blue pose un regard intensément aimant et curieux sur l'art, j'ai souvent tenté de l'expliquer, mais c'est en fait l'artiste qu'elle cherche, son intention, sa volonté, c'est lui qu'elle souhaite écouter, entendre, comprendre à travers son travail, et comme il est souvent soit mort soit ailleurs que son oeuvre, c'est l'oeuvre que Blue interroge, et qui interroge Blue. Mais il y a autre chose encore. Blue cherche la beauté, et je ne sache pas qu'elle ait échoué à la trouver, au sens où la laideur est une absurdité à ses yeux. Si quelque chose lui paraît laid a priori, elle se frotte les yeux et regarde à nouveau, autrement. L'idée qu'un créateur ait pu délibérément produire de la laideur lui est étrangère, et à la rigueur elle trouverait cela beau. Sa bonté sans fond envers tous ceux qui ne font pas exprès de créer laid ou pas l'effort de faire du beau m'exaspère bien souvent, mais c'est aussi l'un des traits qui fondent pourquoi je l'aime tant.

Enfin, car il y a autre chose encore: Blue est elle-même une oeuvre d'art, et se considère ainsi depuis trente ans, et se construit, et s'entoure de talents qui savent la voir. Patrick Natier fut probablement le premier. Qui n'a jamais cessé de la contempler, la peindre et la photographier. Je suis venu beaucoup plus tard, avec des mots. Laure Kalangel le fait avec des images qui bougent et qu'elle monte avec un style et une syntaxe aussi brillants et personnels que le pourrait un Littéraire. Un grand Littéraire...

18 commentaires:

Laure K. a dit...

Ho ben !!!
ce serait mentir que de dire qu' il n'en n'est rien et de pâlir d'une mauvaise modestie, comme si je ne faisais pas assez confiance à "mon style".
Ta reconnaissance n'en n'est pas moins émouvante à mon coeur.



Mistral a dit...

Tant que t'écris comme je filme, nos intérêts ne sont pas en conflit!

Hihi.

Sans joke, c'est si impressionnant ce que tu fais en juste une minute et demie, c'est tellement plus que le talent, c'est des années d'apprentissage technique et d'expérimentation et de travail sur ton métier, ça se sent, cela, même si et peut-être surtout si on n'y connaît rien, comme moi. Je connais rien à ton médium de création et d'expression et aux outils de ton art, mais j'en connais en masse sur les miens, sur le processus, sur le labeur: j'ai appris de mon père, tardivement il est vrai, qu'un bon artisan sait toujours reconnaître la belle ouvrage d'un bon artisan, même si leurs métiers semblent infiniment différents. Maçons, charpentiers, vitriers, architectes, peintres, sculpteurs, graveurs, prêtres rêveurs et fous ingénieurs: ils érigeaient des cathédrales!

Laure K. a dit...

:-)

c'est clair.
Volontairement alambiquées, mes phrases sont.
ok.

Je suis très touchée que tu devines
l'aisance de la frappe dans ce si court extrait.
On n'est pas si éloigné que tu le crois dans ce job. Pas du tout même. Juste la matière diffère.
Une question de rythme, d'équilibre entre le chant des voix, l'appui des sons d'ambiance, la vitalité dans l'image, et puis cette poétique de l'assemblage.

Les années d'apprentissage servent surtout à désapprendre, à s'affranchir des règles ( télé et autres) et à trouver son propre équilibre. Je ne m'encombre plus des raccords de gestes ou dans le mouvement ça m'emmerde royal même.
L'action prime et l'intention dans une scène et le sentiment de jouissance.

Trancher avec la coupe propre, la provoquer, aimer le grain de l'image autant que la saleté de l'objectif. D'aimer l'épaisseur au trop lisse HD où l'on perd vite son supplément d'âme parce que trop parfaitement défini.

Je connais aussi "le bel ouvrage", "la main et l'esprit" chez mon compagnon de père métallier. Il ne m'a rien appris sur l'image, c'était pas sa matière et moi je ne forge pas de fer. Par contre il m'a initié au savoir bien faire et à cette notion de "plus grand". Méticuleusement.

Ta reconnaissance me touche beaucoup.

Mistral a dit...

Tout ce que tu dis là colle en plein à mes vues et mon sentiment sur les choses.

Sauf, évidemment, quand tu corriges ma langue. Les mots, c'est mon racket. J'entends que le bon artisan reconnaisse également ma belle ouvrage.

C'est de la belle ouvrage!


Il n’y a pas de faute dans cette phrase. La règle est simple : Le mot ouvrage est toujours masculin, sauf dans l’expression populaire c’est de la belle (bonne) ouvrage. Dans le Dictionnaire historique de la langue française (Dictionnaires Le Robert), on dit ce qui suit :
En ce sens, bien que de genre masculin, il se rencontre quelquefois au féminin dans les expressions populaires de la belle ouvrage (1831), de la bonne ouvrage : cet usage, selon Jullien qui le blâme en 1853, se rencontrait déjà sous louis XIV, notamment à propos des ouvrages de femmes.

Laure K. a dit...

Et oui! pardon, bien sûr, c'est de "la belle ouvrage" qu'il disait, mon père. Et puis il insistait bien sur cette expression si particulière.
On ne peut pas oublier cette expression-là. Tu fais bien de relever mon erreur.
Pardon, mon épuisement est total today. Y a pas de repos pour les braves...
D'autant que je reviens d'accompagner les gamins de l'école voir "Jour de fête" de Jacques Tati.

Tati, ça aussi c'est de la belle ouvrage cinématographique. Un réalisateur-comédien chef d'orchestre, avec en son centre le personnage de Monsieur Hulot.

J'essaye ces liens:

Jacques Tati-Entretie

A revoir ou découvrir :
<a href="http://www.youtube.com/watch?v=Tr3i0h5Scjc>Mon Oncle</a>

Guillaume Lajeunesse a dit...

De la bonne ouvrage ! J'ai souri en lisant ça ; je croyais que c'était une expression purement québécoise. Quoique, je pourrais me tromper, je dis ça à l'intuition, le français d'ici n'a-t-il pas repopularisé (ou continué à faire vivre) quantité de vieilles expressions ?

Du reste, il est vrai que Lorka est globalement et particulièrement merveilleuse !

(Ah ! Ça me démange ! Moi aussi j'aimerais tenir la caméra.)

Helena aussi is fabulous. Elle dégage quelque chose de princier.

Mistral a dit...

Un chausson avec ça? T'as omis d'encenser Emcée, Venise, Rainette, Swan, Sandy, Marjo la femme à GeeBee, la pitoune à Kevin que j'me rappelle pus son nom. Pis la tienne, là, surtout, cette fille géniale qui m'a fait sortir du Bunker et me rendre dans un restaurant juste en face d'un poste de police à seule fin de te faire plaisir, une surprise pour ton anniversaire.

Kessa veut dire, ça: Du reste, il est vrai que Lorka est globalement et particulièrement merveilleuse !? Si j'avais écrit ça ou quelque chose de vaguement approchant, ta phrase passerait, mais dans l'état elle donne à supposer que tu confirmes des propos que je n'ai pas tenus. Y a des tas de connards qui n'auront pas besoin de la moitié de ça pour m'accuser d'avoir retiré ces propos fantômes.

Kissé ça, Helena? Connais pas.

Passe-toi un poignet, Vieux G, chaque fois que l'envie te prend d'user du clavier pour m'écrire publiquement à propos de femmes qui sont pas tes affaires.

Quelque chose de princier. Jesus Fucking Christ.

helenablue a dit...

Euh! Moi c'est le "aussi" qui me dérange !
:-)

My name is Blue ! Hé,hé, hé !

helenablue a dit...

@ Vieux G.:

Sans rire, plus sérieusement, Christian te parle vrai. Toutes les femmes de la Tribu mérite un hommage appuyé. Suis juste là en images pour l'exprimer et Laure le sublimer, toutes ces femmes qui prennent leur destin en mains, toutes ces femmes qui oeuvrent à leur destin et à celui de ceux qu'elles aiment, leurs enfants, leurs chums, leurs possibles. Tout ce qu'une femme doit comprendre et fabriquer pour que la vie de tous soit plus belle et plus douce...

De la belle ouvrage ! Oui, que toutes ces femmes font ici et là sans trop en dire !

Ah, là, là ...

Mistral a dit...

Ça, y a pas, ça m'épate. On montre toujours les films de Tati et les écoliers vont les voir? C'est fantastique, en France, comment vous avez su résister à l'hégémonie des Majors et préserver tant de salles de répertoire. Ché pas si vous réalisez. Ici, c'est fini, partout en Amérique: y a pus de salles indépendantes.

Oui, je connais monsieur Hulot, mais guère: c'était pas fait pour la télé et le rythme et les cris qui viennent avec. Au cinéma, un film de Tati doit vraiment fonctionner, j'imagine. Je pense à Chaplin: ses grands films nous enchantent toujours même au petit écran, mais je suis convaincu qu'il faut les avoir vus en salle comme nos aïeux pour vraiment les voir, les recevoir; alors que ses courts-métrages désopilants des débuts passent toujours parfaitement à la télé, mieux peut-être.

TO BE CONTINUED au next comm, héhé. Mon propre hostie de site m'informe: Impossible d'accepter votre texte HTML: Doit comporter au plus 4 096 caractères.

On va pas chier au coin de la rue ek 4 096 caractères! Pourquoi pas limiter ça à 140, un coup parti?

Do I look like Tweety Bird to you? True, I have a huge head and sort of a yellowish complexion lately but only due to cirrhosis of the liver, but I don't sound a bit like Tweety! I sound like Sylvester. Cause I don't bother putting in my dentures no more.

Mistral a dit...

Ils vont avoir cent ans, ces sketches d'une demi-bobine, pourtant même des adolescents d'aujourd'hui s'émeuvent et rient sans retenue et sans ennui. Le noir et blanc, le muet, la musique de piano cheap et le mouvement accéléré du 16 images/secondes leur semblent d'abord aussi impossibles à appréhender que, disons, les photos de nos grand-mères à la plage en 1930, on leur demandait pourquoi elles y allaient en pyjama et elle nous apprenaient que c'était un maillot de bain, et ceux de nos grand-pères les culottaient de la mi-cuisse au sommet du nombril, et on n'avait jamais connu que speedos et bikinis et images en couleurs, on pouvait pas se représenter ce qui était de l'impudeur pour nos aïeux dans leur jeunesse, eux-mêmes avaient changé au fil du temps et revoyaient ces images sans pouvoir se rappeler à quoi ils pouvaient bien penser, essayez de revoir votre album de finissants et vos photos de graduation, vous comprendrez le feeling, ces vêtements, ces coupes de cheveux, ces tronches! Héhéhé. Sauf qu'une fois passé le malaise initial, les jeunes gens se trouvent absorbés par un sketch de Chaplin, il faut pas deux minutes pour qu'ils oublient ce qu'ils ont d'archaïque tant ils sont fascinés par ce qu'ils ont de... de fascinant, I guess. Et je me demanderais presque si, en cela, en vivant cette expérience absolument nouvelle pour eux, étrangère à tous leurs repères, ils ne rejoignent pas les spectateurs originaux pour qui le cinéma lui-même était nouveau. Chaplin a été la première personne de l'Histoire à être reconnu mondialement, plus précisément son personnage: la figure de Charlot était identifiée aussi bien en Afrique qu'en Asie, en Amérique latine qu'en Mongolie, et cela bien avant le temps des cinémas en salle permanents, c'était plutôt le cinéma qui allait vers les gens sous la forme de projectionnistes ambulants trimballant leur bobine de village en village et louant quelque arrière-boutique ou la tente d'un preacher ou le salon funéraire d'un croque-mort qui était aussi le Maire, et les gens venaient voir ces moving pictures tressauter sur un drap blanc, l'immense majorité pour la toute première fois, surtout hors de l'Amérique du Nord et de l'Europe occidentale, mais cela demeurait marginal, en termes absolus, le taux d'humains ayant vu le cinématographe, on n'avait pas dans un monde essentiellement rural et religieux la tâche facile pour inciter les paysans à lâcher cinq cennes et ignorer les objurgations de leurs curés/pasteurs/imams/lamas/popes etc, partout les clergés condamnèrent le cinéma, cinq cennes pour entrer voir ce qui n'était probablement qu'un autre sempiternel attrape-nigauds qu'escrocs et charlatans et gens de cirque réinventaient depuis mille ans pour détrousser les honnêtes gens, et ceux qui allaient quand même y voir en lâchant leurs cinq cennes venaient rarement avec leurs femmes et leurs quatorze enfants. C'est Chaplin qui a changé tout ça, parce que les gens s'accomodaient fort bien de vivre sans avoir vu de cinéma, mais ne résistèrent pas à la pulsion, la nécessité sociale, le phénomène mondial d'aller voir Charlot, ergo le cinématographe. Leur parurent-elles, ces photographies animées, plus stupéfiantes qu'aux yeux de leurs descendants adolescents actuels? Il me plaît d'en douter. Voire, ces premiers spectateurs étaient probablement moins déroutés, une fois passé l'étonnement de voir ces images qui bougent: le noir et blanc et le muet ne pouvaient les troubler, c'est pas comme s'ils espéraient de la couleur et des voix. Et pis les vêtements, les décors, les situations leur semblaient certainement plus familiers.

Mistral a dit...

PART THREE, et fin:

Encore que Charlot, justement, ce vagabond malmené par le sort et les autorités qui défie et triomphe en rusant et glissant de toutes les adversités en conservant sa dignité, sa pauvreté, sa liberté, son moral et sa canne à faire tournoyer à la fin quand il reprend le chemin, l'air de dire life is a bitch mais bien belle anyway, tomorrow's another day,


AW Shucks! I'm so drunk I just fell in the forest without making a sound...

helenablue a dit...

Wow ! T'es en flammes, là, Black Angel !

Mistral a dit...

Kestu déconnes, Blue? T'as vraiment pensé que je suggérais de rendre hommage aux Femmes de la Tribu?

Y a 163 abonnés ici, combien de femmes j'en sais rien, probablement les deux tiers au moins, statistiquement partout les femmes s'intéressent davantage aux Lettres que les mecs dans une écrasante proportion, sans compter celles qui se crissent des Lettres mais s'intéressent à moi, cette engeance.

Je songerais pas davantage à proposer de rendre hommage aux Femmes de la Tribu qu'aux Nègres de la Tribu ou aux Européens de la Tribu ou aux quinquagénaires de la Tribu ou aux Indépendantistes de la Tribu!

La Tribu est peuplée de ceux qui souhaitent en être, plus ceux que j'ai cooptés sans demander leur avis, moins ceux que j'ai chassés.

Rendre hommage aux Femmes. Pfff. Ici!

Mistral a dit...

En flammes. Comment ça se fait que tu réalises jamais ce qui s'en vient quand ça sent le brûlé? Si toi tu sais pas quand ne pas me jeter de l'huile dessus, qui le saura?

RAINETTE (l'énigmatique) a dit...

mais mais j'suis pas une femme, j'suis une grenouille !

helenablue a dit...

@ Christian:

T'ai-je dit que ton texte là sur Blue me touche énormément. Qu'il parle tellement justement de ce qui m'anime ?
Merci d'être là dans la vie de cette Blue et merci de tes mots.
Love.

Mistral a dit...

Blue is Blue and there's only one Blue!

She ain't green...