7.5.11

L'angoisse

Je traverse un de ces moments. Toujours pires à cette heure de la nuit. Petites crampes au coeur, peur de mourir ici tout seul et qu'on ne me retrouve que quand je puerai trop.

Rassure-moi, mon frère, en me rappelant que tu ne laisseras jamais passer plus de quatre ou cinq jours de silence sans venir t'assurer que tout va bien. J'ai cette hantise de me putréfier là, sur le plancher. J'ai besoin de sentir que quelqu'un dans cette vie se soucie de ce qui m'arrive.

Love,

C

42 commentaires:

manouche a dit...

Ici jamais seul, ami, et ce matin tu as particulièrement bonne mine!

helenablue a dit...

Ne sens-tu donc pas à quel point je m'en soucie?
A chaque heure de chacune des nuits...

Sigh!

Sans nouvelles de toi à plus de quatre jour, je "grab a plane!! "

Ne me fais pas des coups comme çà, Black Angel, ça me met le coeur en miettes.


Comment ça va ce matin?

Mistral a dit...

@ manouche: You're sweet. Merci.

C'est juste que j'ai le temps de me décomposer aux pieds de la chaise avant qu'on s'alarme d'une absence prolongée de mon blog. Sauf Blue qui est capable d'appeler quelqu'un à Montréal. Maintenant que j'y pense, elle l'a déjà fait. Et Sandy, et Terrible: ceux-là se renseigneraient avant que je ne vire en charogne.

Mais Kevin me ramasserait à temps pour qu'un thanatologue moyennement doué puisse m'arranger une carcasse présentable à ma mère.

J'aurais jamais dû lire L'Assommoir il y a trente ans. En vieillissant, je m'identifie à Gervaise.

Ça va mieux, là. Les oiseaux commencent à cui-cuiter, le jour va se lever...

Merci.

helenablue a dit...

Ouf! Ma journée peut commencer...

Mistral a dit...

Blue,

I'm fine, don't worry! Je voulais inquiéter personne. C'était un rare moment de vraie candeur, un instinct de communiquer pour chasser les fantômes et sentir la vie dans mes veines.

T'as répondu avant que j'aie terminé ma réponse à manouche. Comme tu vois, je ne fais pas mine d'y ignorer ton statut particulier, héhé.

Je ferai pas d'infarctus sans demander ta permission.

Mistral a dit...

T'as pas fini de répondre avant moi? On va passer pour des incohérents!

Pfff...

helenablue a dit...

On passera pour..." on s'en balance", on a aussi le droit d'être incohérent, me semble-t-il?

Pas d'infarctus avant de demander ma permission! Bon, me voilà parfaitement rassurée! je vois que la vie vibre à nouveau dans tes veines à te lire et que l'encre rejaillit! Springtime isn't it?

Mistral a dit...

Y a pas de printemps cette année au Québec. Annulé pour cause de pluie, comme un match de baseball.

Mistral a dit...

Moi, j'ai pas vraiment droit à l'incohérence, non. J'ai le droit qu'on ne me comprenne pas, mais l'obligation de pouvoir démontrer que c'est la faute aux autres. La rigueur, c'est mon fonds de commerce.

helenablue a dit...

Ah! Pas de printemps? Vous allez passer directement à l'étè?

Hum! Tu as raison, ma réaction était un peu gamine, la rigueur s'impose quand on veut défendre ses idées!

Mistral a dit...

Par la fenêtre du Bunker, je vois une purée de pois si épaisse qu'on se croirait dans un film de Sherlock Holmes en noir et blanc. C'est l'automne qui approche.

La rigueur... Ce n'est pas le genre de chose qu'il me plaît de discuter en public, et tu me mets mal à l'aise de le faire ici, mais puisque c'est ton choix, je vais me fendre d'un autre rare instant de candeur: ce ne sont pas mes idées que la rigueur vise à défendre. C'est moi. On ne peut s'attendre à ce que tous adhèrent à ni comprennent nos idées, mais on peut s'arranger pour se prémunir contre toute mise en cause de l'intégrité qui est au coeur de leur expression. Surtout, on peut se garantir de son propre jugement changeant: dès mes premiers livres, j'ai vu que certains choix esthétiques ou certains points de vue ne seraient pas toujours les mêmes à l'avenir, et j'ai voulu pouvoir me dire dans le futur que si même je ne savais plus au juste pourquoi j'avais écrit cela ainsi, j'étais à tout le moins certain qu'au moment où je l'avais fait, c'était au mieux de mes facultés. C'est l'une des plus précieuses intuitions que j'aie eu, étant jeune, l'une des rares qui ne s'est pas avérée erronée: elle s'est concrétisée en pilier moral de mon existence, et plus j'avance plus j'en ai besoin. Quand il m'arrive de douter de la valeur de mes livres dans la substance du monde, je me rassure à l'idée qu'ils contiennent en tout cas le meilleur de moi, car au-delà des notions d'échec ou de réussite, rien ne comble l'âme comme de croire en quelque chose et s'y investir en entier. Les gens sont très frileux, très prudents, très peureux, et passent leur vie à ne pas tout y mettre d'eux. Je les comprends, mais je les plains. À la fin, le regret doit être atroce, pire que l'enfer. Je ne veux pas partir comme ça.

gaétan a dit...

Y a toujours la possibilité de se munir d'un bracelet relié à une centrale mais bon me semble que t'es fait encore trop fort pour ça.
Bon matin.

Mistral a dit...

T'sais quoi, GeeBee? J'y avais même pas pensé. M'as te dire, c'est pas une méchante idée. Cette anxiété est sporadique, mais récurrente et plus fréquente avec le temps: peut-être que ça ferait la job, ton truc.

J'apprends que tu retournes à la retraite, jusqu'à la prochaine fois: tu vas peut-être finir par laisser du travail aux jeunes, immortel Boomer!

Bizz,

C

Yvan a dit...

Terrible au rapport:
aujourd'hui il fait beau enfin,over.
C'est une sacrée chance
parce que ce fut une semaine
en tous points merdique
pour bien du monde,over.

Hey friend,
je vais prendre de tes nouvelles
plus souvent.
Message reçu 5 sur 5.
L'idée de Gaétan n'est cependant
pas mauvaise du tout.

Si le printemps fini par s'installer confortablement
on pourrait s'taper un bon
BBQ un m'ment donné!
Chez-moi j'ai un petit patio
arrière,ça paie pas de mine
mais il y a...
Un BBQ!

Bizz,

Y







Y

helenablue a dit...

Va pour le BBQ ! Terrible, j'en suis!

Mistral a dit...

Un barbecue chez Yvan Le Terrible! Une telle invitation lancée par ton homonyme russe à un boyard du XVIème siècle aurait suffi à guérir celui-di de l'angoisse et du coeur: il serait tombé raide mort de peur.

Mais la tienne, d'invite, est un baume: la perspective de me bourrer de viande grillée en ta compagnie entre deux lampées de gnôle est réjouissante!

Je vais mieux, là: commence pas à m'achaler aux cinq jours, attends que je sente vraiment fort.

Lyes & Love.

helenablue a dit...

J'aménerai l'alcool fort, un genièvre de Loos par exemple ou une "mort subite" pour conjurer le sort!
:-)

Mistral a dit...

Terrible:

Tu sais à quoi j'ai pensé en lisant l'idée de GeeBee, right? À la fois où je te l'avais conseillé pour quelqu'un qui t'est proche. Pour moi-même, ça m'était pas passé par la tête, héhé.

Mistral a dit...

Oh!

Si Blue s'amène, faut demander à Sandy de nous rapporter un plus gros chevreuil. Ça mange, c'te Française-là! On l'a déjà vue inhaler une poutine extra-large, remember?

Kevin a dit...

Si jamais tu t'essayes à mourir avant le temps, dis le moi d'avance, que je m'en aille mourir à ta place, même que question poids, il se peut qu'on sauve parce que j'ai moins de livres (lbs) que toi, et moins de livres aussi, et puis anyway, what the fuck Bro, on a toujours su qu'on allait faire deux vieux ivrognes assis à gosser des bouts bois sur la galerie en parlant des années vingt, ce qu'on fait déjà un peu pour se pratiquer.

Ma main,

K.

bizak a dit...

On dit que les amis de mes amis...
La blue, cette semaine nous a astreint à son blog pour lui fabriquer des histoires et de ce fait rien n'existe plus autour de nous; Il faut dire aussi, elle a des atouts pour nous tenir en laisse.
Alors, cher christian,je voudrai juste te demander ce qu'est devenu la caisse de biere de fin de monde?
Je sais que la blue a emprunté un drone pour rentrer à moins que...A moins, qu'elle y a goutée et que c'est parti tout seul, tellement c'était raffraichissant! Et cela me fait aussi plaisir, comme si la bière a traversé ma voie oesophagique. Voilà, je profite, pour t'envoyer un petit coucou et te demander la recette de ton pâté chinois; Héléna pourra me la remettre et je sais qu'elle profitera pour en faire un article de dissertation sur son blog.

Patrick Caza a dit...

tu connais, je suis sur, assez bien la chanson alors je t'en passe-partouzerai pas une pour te bercer d'illusions
par-contre une chose est certaine, bro, toi, Mistral, tu ne t'éteindras jamais après tout ce que t'as semé
tu souffleras toujours, le gros

Amitiés

Mistral a dit...

@ Bizak:

Mon pauvre vieux, que crois-tu qu'il soit advenu de cette caisse? Certes, elle est très capable de l'avoir sifflée avec Pat, mais c'est pas leur genre sachant qu'elle t'était destinée. Je crois qu'elle a dû la donner à un vieux poète ivrogne sur le quai en échange d'une sérénade: c'est, c'est son genre. Et son coeur était certainement persuadé que ça te ferait plaisir, ce en quoi je soupçonne qu'elle n'ait pas tort.

La recette, tu la trouveras là. C'est le maïs en crème qu'il est difficile de trouver.

Mistral a dit...

@ PatCaz:

Tu m'appelles le gros encore une fois, je traverse le Parc pis je t'en calice une en-arrière des oreilles. Au moins, mets des majuscules!

Héhé. I love you too.

Patrick Caza a dit...

un vivant, câlisse !
âme en vie, crisse !
du chien, des baffes, de l'amour !
Yeah !

ps: je met pas de majuscule parce que ma belle m'a foutu à la porte et je suis redevenu sdf, peux pas me les offrir

mais ouais
Love, man

helenablue a dit...

:-)

Mistral a dit...

Sciouze my french, old friend, mais ta belle n'est vraiment pas gentille. On peut mettre son homme dehors sans ses culottes, sans ses souliers, sans ses barniques ou son dentier, mais sans ses majuscules, c'est... c'est... c'est cruel, voilà.

Je peux t'en prêter des miennes. Usagées, mais utilisables (manque deux, trois lettres, comme dans un jeu de Scrabble, mais bon, c'est juste pour dépanner).

Farce à part, je veux bien te croire, mais me semble que tu t'enlignes à chaque printemps pour prendre le bord et aller voir dehors si tu y suis. Coureur des villes et coureur des bois, c'est la même race de monde à quatre petits siècles de distance. C'est pas tenable. Parles-en à Big Mac.

Mistral a dit...

Kevin...

Je n'espérais pas que tu te manifestes avant ce soir, et encore moins ici (puisque, j'ai omis d'en faire mention, ce billet était d'abord un courriel personnel, que je regrette d'avoir publié parce qu'il a inquiété bien des gens et peut faire penser à un pathétique appel à tous de la part d'un pissou en détresse). Maintenant que tu l'as fait, je ne vais rien dire parce que tu sais que les mots ne sauraient suffire, et me contenter de te confirmer que je pousse un grand soupir soulagé.

Venise a dit...

Je réponds toujours à un courriel même s'il ne m'est pas adressé, en autant qu'il arrive sous mes yeux et qu'il soit signé d'une personne chère.

J'adore les courriels faut dire, ceux qui parlent des soi s'entend, pas les mille promos et confirmations de relecture sans ouvrir l'oeil.

Je voulais juste dire qu'ici le soleil clignote de l'oeil, que le sol est sec, que les arbres sont encore gris et pointent encore le ciel en flèches maigres. Mais que les plaques de mousse d'un vert trop tendre me disent que c'est pas d'automne qu'il s'agit mais belle et bien de vie en vert et pour tous.

Note à moi-même : Ma mère a apprécié ce bijou la reliant à des vies ressemblant à la vie, au cas où son dernier soupir soit l'avant-dernier.

Mistral a dit...

Ma Venise-en-Québec. T'as fait parler de toi aux nouvelles toute la semaine. On t'imaginait débordante!

Laure K. a dit...

Christian,
j'arrive tard après l'angoisse, et je ne m'attendais pas à lire ça ici.
ça ne te rassureras sûrement pas de savoir que j'allais crever de la même chose la semaine dernière, mais voila, si quand même.

Je te parie un Phénix, que tu te relèvera demain et encore après demain parce que ben, c'est pas
l'heure du tout là !! Tu rigoles ou quoi ?

Chaleureusement,
Lorka

Mistral a dit...

Bien sûr, que ça me rassure. T'es toujours là, huit jours après, pour m'en parler, alors peut-être que moi aussi, samedi prochain, j'aurai le sang qui circule dans mes doigts et les doigts qui circulent sur le clavier.

C'est toi qui rigole. Quand sait-on jamais si c'est l'heure ou pas? Il arrive qu'on la croit venue, et alors il ne me semble pas déraisonnable de s'exprimer à cet instant au cas ou celui d'après on ne puisse plus.

Prends soin de toi, Kid Kodak.

Laure K. a dit...

@Christian
c'est pour ça que je rigole, surtout en ce moment. Après je ne pourrais plus.
Serieusement, je comprends bien bien, ce dont tu causes.Je suis sorti voir des gens d'images, tu vois et puis des amis et puis ça m' a remis le pied à l'étrier. So.

Tu passes nous voir dans la jungle un de ces quatre ? histoire de dévisser sur l' appareillage pour mener Bluec d'or à bon port... sinon on est mal barré là, hum, je veux dire, well, you know...

Le projet de portrait filmé est relancé si j' ai une prod qui me couvre on débarque avec Blue, Promis ! si pas de prod on débarque aussi ! hein Blue ?

... Take care too.
Thanks

"kid Kodak" ;-) ( je ne sais plus très bien si je suis de face ou de profil en ce moment avec toutes ces I.D.)

Mistral a dit...

Assez, Lorka!

Je suis désolé que tu aies eu le goût de crever, mais ce n'est aucunement mon cas. Mon cas, c'est le contraire, ainsi que c'est très clairement écrit en une langue très pure dans mon putain de billet. Ce n'est pas la première fois que tu lis en diagonale et que tu inventes le reste: c'est normal, c'est de ton âge, ton coeur ample et sensible n'a d'égal que ton arrogance artistique juvénile, mais va falloir faire un effort si tu veux jaser, parce que je ne vais pas me casser en quatre ici pour t'apprendre à lire et t'expliquer ce que j'écris!

Il faut se connaître avant de se connaître. Ça viendra. On n'est pas encore là.

Guillaume a dit...

Ouais, Christian, pis c'est moi qui es vieux ? Just kidding !

Je réponds à l'évidence très tard. Faut m'excuser, je travaille le samedi.

Je ne suis guère bavard, mais je suis fidèlement ton blogue, en fantôme curieux que je suis.

Prends soin de toi!

Mistral a dit...

Will do, dude.

T'sais, c'est pas tard pantoute: c'est trop de bonne heure. Je risque rien à 19:30 au mois de mai quand le soleil arrive juste en face de ma fenêtre. C'est à deux heures du matin, que ça devient parfois malcommode, mais bon, pas pire que pour les loups-garous.

Guillaume a dit...

Le vide est une sale chose. Je suis jeune, j'ai rien à craindre, sinon que le vide justement, mais quelquefois, la nuit, au beau milieu d'un tombeau de nuit pure, l'angoisse me poignarde la cervelle. C'est là que je me mets à écrire des poèmes, ou quoi que ce soit d'autre, comme un frénétique animal. L'imagination, si on lui fournit une étincelle positive, éloigne un peu le néant. Ce serait vaniteux de croire que je puisse t'apprendre quoi que ce soit en ce qui concerne l'écriture, l'idée n'est pas là. Je crois seulement qu'il n'y a rien d'aussi habile que la peur pour duper l'esprit humain. En vieillard respectable que je suis (hihi), je connais un peu la peur...

Mistral a dit...

Lapalissades, Vieux G. Vils truismes! On ne saurait écrire comme toi à ton âge sans intime connaissance de la peur. La peur, c'est la condition du courage, du défi, de l'invention, c'est ce qui distingue l'homme du zombie.

L'écriture. Tu envisages la question à l'envers. J'ai non seulement à apprendre de toi, comme il en reste toujours à apprendre à tout le monde, mais je suis encore capable de le faire, une faculté qui se durcit en même temps que les artères. La vanité de croire pouvoir m'apprendre quelque chose, tu y as droit, je crois: toute vanité n'est pas vilaine. Ce serait la présomption de m'enseigner qui serait problématique, vu que tu serais bien embêté de concevoir mon plan de cours: aussi bien tenter de composer mon repas dans un buffet chinois sans savoir ce que je veux manger ni si je suis allergique aux crevettes. J'en sais, de fait, beaucoup, beaucoup, assez pour savoir ce que j'ai besoin d'apprendre, so stand by, dude...

Le plumitif a dit...

Concernant la rigueur, et sans entrer dans des considérations trop personnelles, j’aimerais juste signaler que ce que tu en dis plus haut, mon cher Mistral, résume parfaitement, au-delà des considérations esthétiques et des idées exprimées, ce qui constitue à mes yeux la valeur première de ton travail d’écrivain. (Ça vaut aussi, bien sûr, pour tous ceux qui m’inspirent profondément.)

Et d’ailleurs, cette intégrité si rare et si difficile à tenir avec les années pour des êtres réellement singuliers, je l’ai perçue chez toi avant même de te lire, dans une courte entrevue avec Francoeur, si je me souviens bien - jaillissement inespéré de sens au beau milieu de l’ancêtre télévisuel de Belle et Bum, rappel inopiné de la perspicacité des maîtres zen qui savent mieux que quiconque que le vrai surgit le plus souvent là où on l’attend le moins…

(Par ailleurs - et même si je ne me mêle pas de mes affaires en disant ça -, tu ne peux rigoureusement pas clampser maintenant. À moins qu’un gâtisme précoce n’ait totalement annihilé ce qui me reste de sensitivité, il me paraît indéniable que ce travail-là, celui d’écrivain, n’est pas terminé. Fais que, priorités transcendantes obligent, va falloir que la crise du cœur prenne son mal en patience…)

Mistral a dit...

Moi, je veux bien, mais c'est à mon coeur qu'il faut dire ça, parce qu'à ma tête ça sert à rien, les deux ont rompu toute communication, ont déclaré leurs avocats.

Fuck, dude, le sweet coup de vieux! L'émission que tu évoques s'intitulait Beau & Chaud, je crois. J'aimais vraiment beaucoup ça, que ça puisse exister, un tel concept, parce qu'on voyait déjà dès 1990 que plus rien d'aussi coûteux, libre, ambitieux et créatif n'était produit nulle part ailleurs, c'est probablement pourquoi on s'en aperçevait, parce que c'était le dernier: la mutation, l'érosion, la castration des télévisions s'était produite en processus éprouvé, étalé sur quelques saisons, une soustraction à la fois, et quand on s'est mis à sacrer dans nos salons en zigonnant ek le piton «Coudonc, sacraman de calice! Y a ben pus rien à télévision! Hostie de viarge, c'est mes taxes qui payent pour ça? Des quizz pis des vieilles vues pis des reprises de Fanfan Dédé pis des shows de chaises pis des dramatiques de Janette Bertrand pis des émissions péteuses comme celle du dimanche, là,Aujourd'hui dimanche ou kek affaire de même, tsé, ek la vieille fendante ek un gros nez pis les yeux croches qui se pense belle pis intelligente pis qui passe à tévé française de France une fois par année pis qui nous en reparle douze mois de temps, c'est seulement ça qui reste à tévé? Tabarnak. Kessé kia, y a tu une grève? Kessé ki s'est passé? Oussé ki sont les bons programmes qui brassent à tévé?»

Ben c'est ça. Y en a pus. Y en aura pus non plus

Belle et Bum, c'est environ 30 heures par saison, diffusées sur une base hebdomadaire en épisodes de 90 minutes.

Beau & Chaud torchait soixante heures, quatre soirs par semaine tout au long de l'été.

C'était pas du direct, mais presque. Les erreurs n'étaient reprises qu'en cas d'absolue gravité. Chaque soir, le vaste studio de Radio-Québec (vaste comme un entrepôt)était réinventé, redessiné, redécoré, les scénographes modifiant volumes et textures et couleurs au moyen de tissus, de panneaux, de vidanges, et les artistes de la ville étaient conviés, souvent les peintres invités créaient le décor durant le déroulement de l'émission, sous l'oeil des caméras: ils étaient le décor, et les gars de Kodak inventaient de nouveaux angles pour filmer la même chose autrement, et les éclairagistes galopaient pour marier leurs lumières aux décors mouvants et la sonorisation, ma foi, si les micro-cravates n'avaient pas été là, ils n'auraient jamais pu venir à bout du son dans cet espace industriel. Soixante soirs d'affilée défilaient une centaine de bands ou de solistes issus du blues et du rock, et Brathwaite shakait ses maracas parce que le tarif de l'Union garantit 400$ à quiconque shake des maracas, taponne un tam-tam, tamponne une paire de cymbales, fait tinter un triangle ou souffle dans un Kazoo à la télévision. Avant l'émission, il s'envoyait une grosse ligne et allait vomir: la pression était énorme, tout entière sur ses épaules, parce que ce show coûtait très cher, qu'il valait à Radio-Québec un prestige et des cotes inconcevables durant les trois autres saisons, et parce que Brathwaite était encore animé par l'envie de se prouver, et de se perfectionner. Qualifié au début de magique animateur et de plus inepte interviewer de l'Histoire occidentale depuis Ponce Pilate, il a repris la critique à son compte, en faisant état avant chaque entrevue qu'il devait mener, un running gag sympathique mais pas seulement, car le bougre s'améliorait de soir en soir, sous nos yeux, un travail admirable mais qui devait lui mettre les nerfs en pelote encore davantage si possible, tenu d'apprendre sur le tas devant tout le monde en pleine tévé, quasiment sans filet, quatre soirs sur sept...

(à suivre dans la prochaine case. J'ai plus que 4096 caractères, ça a l'air. C'est juste si Blogger me traite pas de personnalité multiple, calvaire!)

Mistral a dit...

Et pis oui, y avait aussi un segment littéraire. Dix écrivains et poètes en dix semaines, des gars comme Patrice Desbiens et Guy Marchamps, d'autres crottés comme Louis Hamelin ou moi, et Francoeur faisait son numéro, puis Joanne Prince posait des questions stupides sans écouter les réponses durant quelques minutes, puis un chanteur chantait, puis l'écrivain parlait de son oeuvre avec Lucien quelques minutes. Or, c'était vraiment cool, quand on y songe: Belle et Bum n'inviteront pas de poètes méconnus la semaine prochaine, genre. Reste-t-il un lieu-télé où des écrivains disposent de quatre minutes pour parler de leur livre? Où musique et peinture et animateur-vedette sont conviés à produire un show risqué, rugueux, mais vibrant du danger de se casser la gueule?

Plumitif. Tu m'as fait bien plaisir et permis de me changer les idées, héhé.

Bizz.

Le plumitif a dit...

:)

ouain, on dirait ben que « créativité télévisuelle » est devenu à jamais un oxymoron – remarque, c’est pas surprenant non plus dans un domaine où la croissance se manifeste d’abord par la multiplication des chaînes…