25.6.10

Fabrice

Entendu dans la ruelle, deux voix, l'une aigrelette, pré-adolescente, l'autre mate et trentaine, mâles.

-Papa?
-...
-Papa?
-...

On l'entend quasiment lire un catalogue de Canadian Tire ou contempler le cerisier dans la cour d'à-côté, on le voit presque être sourd.

-Papa?
-...
-Fabrice!
-Hein? Hum... Oui?
-C'est quoi, ça?
-M'appelle pas Fabrice. Appelle-moi papa.

19 commentaires:

Blue a dit...

Une des dix mille occasions de ne pas communiquer avec son enfant!
Instructif!
Désolant.

Et amené ici de manière si savoureuse en si peu de mot

Matière à penser.

Yvan a dit...

Si j'avais un fils
je lui donnerais le choix:

-Tu m'appelles Yvan ou Papa,
c'est comme tu veux.

Blue a dit...

Ben, Yvan, moi j'en ai trois et je ne leur laisse pas le choix, au fond cela ne leur arrive que très rarement de m'appeler Hélène, et toujours avec une sorte d'ironie...
Non, crois-moi, si tu avais un fils tu aimerais qu'il t'appelle papa, car tu serais alors pour lui l'unique, tu saisis...
Tout e monde t'aimant ou ne t'aimant pas ou te trouvant dans l'annuaire ou le dictionnaire pourra t'appeler Yvan, mais seul ton fils ou ta fille peut avoir l'intime de t'appeler autrement...

Non, c'est pas comme tu veux, c'est dans l'ordre des choses, si je suis ta mère ou ton père, tu m'appelles papa ou maman, et si tu as besoin de ton père ou de ta mère, saches que papa et maman sont là et si par malheur tu ne peux compter sur nous, nous restons à jamais ton papa et ta maman, et non Yvan et Grâce ou Christian et Patricia ou hélène et Jacques, non, quoiqu'il arrive papa est papa, maman est maman....

Mistral a dit...

Damn right!

Menteuse a dit...

Pitoyable quand-même... Pourtant, je suis certaine que j'ai déjà fait ça, crisse.

Yvan a dit...

Si j'avais un fils je suis
convaincu qu'il m'appellerait
Papa,c'est la nature même
de la filiation.
Lui offrir le choix de mon
prénom signifierait innuendo
qu'il ferait appel à "l'ami"
plutôt qu'au paternel
dépendamment des circonstances.

Blue a dit...

Je crois Yvan que la nature de la relation entre un père ou une mère et son fils ou sa fille sont d'une nature différente, disons un des nombreux multiples de l'amour et ne s'apparente pas à l'amitié telle qu'on la concoit. Il me semble que c'est encore autre chose.
J'ai une relation forte avec mes fils, qui n'est pas la même que celle que je peux avoir avec mes amis,ou mes amours.
Le fait même qu'il m'appelle maman et s'adrese à moi en ce terme montre appuie et encadre cette différence que je pense nécesaire et qu'il l'est de facto.
Cela n'exclut pas du tout la complicté et les échanges fructueux et la grande confiance qu'on peut se faire comme dans un cadre amical voire même au-delà mais c'est autre et surtout c'est unique, c'est ce que je voulais dire dans mon précédent commentaire, et je tiens tout comme eux à cette unicité, cette rareté ce précieux...

Danger Ranger a dit...

Fabrice!

MakesmewonderHum a dit...

S'il fallait qu'un jour mon fils m'interpelle par mon prénom alors là, faudra bien que quelqu'un me pince et s'assure que je respire...
pour toutes les raisons identiques citées par Helena et"Damn right-ed" par d'autres. Il y aurait comme une cassure dans ce lien filial que je ne comprendrait absolument pas.

Blue a dit...

Damn right! J'avoue humblement que mon ressenti serait de même nature et mon souffle coupé net lui aussi.
Me venait une réflexion à relire tout çà, et malgré tout ce qu'elle m'a fait vivre, je n'ai jamais pu appeler maman autrement que maman, bizarrement quoique ça le soit pas tant que çà, vu l'incertitude pour mon père c'est différent!
Jamais, et je réitère je n'aimerais que mes fils ne m'appellent autrement que maman, "mère" parfois quand ils veulent le jouer distant ou, hum, genre rebelle, s'ils m'appelaient par mon prénom, j'aurais comme le sentiment profond d'avoir failli, de ne pas être à ma place, pareil pour leur père, tout pareil, je n'aimerais absolument pas qu'ils parlent de lui autrement que par " papa", là mon sentiment étonnamment prendrait encore , pour moi, une dimension plus intense, comme s'ils ne validaient pas leurs existences, tout à fait ce qu'est incapable de faire ma propre mère, ce qu'elle n'a pas pu faire, me donner ce père que j'aurais tant de plaisir et de fierté à appeler " papa".
Je rejoins Hum!, et je pense que c'est une erreur de croire que cela puisse être autrement, les enfants n'ont pas besoin de penser ni de vivre que leurs parents soient leurs amis, ils ont besoin d'avoir des parents aimants et attentifs, généreux et ouverts, présents fiables vivants et vrais... Pour les potes, ils se débrouillent et c'est bien mieux ainsi!

Yvan a dit...

What the fuck is that supposed
to mean?!
Papa!
Maman!
C'est bon pour l'enfance mais une fois ado, l'ado n'a plus envie de vous appeler pépa ni méman.

All right, j'ai pas d'enfant
mais un neveu dont je suis proche.
J'ai assez d'imagination
et de jugement pour savoir
que les enfants ne nous appartiennent pas,ils nous
sont prêtés,quand bien même
on les portent dans son ventre.

C'est quoi au juste ce trip de maternalisme/paternalisme?
Enseignez-moi de votre
science infuse.Please.
En quoi cela peut-il être
insultant/méprisant/questionnant
que votre progéniture vous nomme
par votre prénom?!
Le respect ne porte aucune
dénomination ni prénom
à ce que je sache bien que je comprenne toute la nomenclature
de la paternité et de la maternité.

Si j'avais un fils ou une fille
qui fouterait l'feu partout ou
s'injecterait des drogues dures
par plaisir en me disant:"Papa ou Yvan j'ai foutu l'feu à autrui
tout en m'injectant des drogues par intra-veineuse par simple plaisir"...J'aurais tendance à lui
parler dans les yeux peu importe comment elle m'appellerait;
mais là j'ai comme la vague impression d'écrire ici
dans le désert absolu.
Sorry.

Blue a dit...

Tu n'as pas à être désolé le moins du monde Yvan!

Prenons les choses autrement, est ce que cela te serait disons profitable, envisageable, mieux d'avoir l'opportunité voir leur souhait, d'appeler ton père ou ta mère par leurs prénoms respectifs, n'y aurait-il pas une sorte, comment dirais-je de décalage...

Les enfants ne nous appartiennent pas, et quand on a le bonheur de pouvoir en mettre un au monde on en prend pleinement conscience, de cevrôle de passeur de vie justement, néanmoins sans vouloir t'offusquer ou de paraître " vieux jeu" c'est ailleurs que ça se passe. Mes neveux et niéces m'appellent par mon prénom, cela me semble bien naturel en l'occurence n'ayant pas pour ma part ce besoin de tata ou de tatie et eux non plus, mais pas le moins du monde ça leur viendrait à l'idée d'appeler leur père ou leur mère autrement que papa ou maman, ce que j'essaie vainement de te faire comprendre, et j'en suis désolée, c'est que pour l'enfant qu'il ait 2 ou 20 ou 40 ans, cette filiation compte et lui est nécessaire. Et que c'est plus dans cette optique que de lui exprimer que ça l'est aussi pour nous en tant que son père ou sa mère c'estimportant, ça lui permet de s'ancrer sur cette relation, non pour le garder à soi, bien au contraire, mais lui donner le moyen de prendre son envol en toute sécurité, sûr qu'il est et sera à jamais de cet amour qu'on lui porte qui est de cette nature unique.

Si mon fils me disait: " maman ou hélène j'ai foutu l'feu à autrui tout en m'injectant des drogues par intraveineuses par simple plaisir..." Là tu vois bien entendu que je ne ferais pas la sourde oreille et que je le regarderais droit dans les yeux en ne lui demandant pas de préférer l'un ou l'autre, sauf que je crois sincérement que je me sentirais absolument responsable de cet état de fait, que moi au stade où 'en suis et non pas au stade où je porrais être pour qu'il en arrive à ses extrémités, je n'aurais qu'envie de le prendre dans mes bras et lui dire comme tu as dû souffrir mon fils...
j'avoue ne pas savoir comment t'exprimer au plus prés ce qu'est cette relation de parent à enfant, j'imaginais que cela te serais possible toi même étant enfant de, car vois-tu, je crois que si je n'avais pas continuer pour ma part et encre maintenant même à 45 ans considéré mes propres parents comme pére et mére et que je les indetifiais dans mon esprit comme Fernand et Colette, je n'aurais pas pu faire ce chemin.
je suis bie désolée , vraiment Yvan de ne pouvoir adhérer à cette vision que tu imagines et que tu espéres possible entre toi et ton fils ou ta fille, mais cette relation ne peut et ne doit pas être de l'ordre de l'amical elle est au-delà de ça, englobant cette dimension de connivences et de confidences possibles mais avec un cadre. Et c'est dans ce cadre infiniment puissant et sensible que peuvent toute leur vie se retrouver nos enfants, surlequel ils peuvent compter quoiqu'il arrive.
je le pense, je le vis, je le ressens...
Comme je ressens que c'est pour eux structurant et rassurant que de telles choses existent, des frontières, des nuances de langage qui invitent au respect réciproque et qui permettent justement leur développement loin de l'arbre nourricier tout en l'ayant intégré.

* Autre chose, Yvan, on n'écrit jamais dans le déert absolu, et même je te remercie d'avoir une opinion dîfférente et de l'exprimer, ça me permet d'élaborer la mienne et ça me donne matière à réflexion et à positionnemnt et pour tout te dire une magnifique discussion avec mes fils à ce propos qui d'ailleurs mériterait que j'en fase moi-même une note. Tu sais au fond, ce que j'aimerais c'est que l'on puisse en redébattre le jour où tu auras l'immense fierté et responsabilité d'être papa à ton tour,ce que je te souhaite du fond du coeur.

Amitiés.
Blue

Blue a dit...

Hum, et s'il te plait, pardonne toutes ces fautes de frappe liées à un je ne sais quel problème avec mon clavier!
J'espère que tu sauras me lire au travers!
:-)

Yvan a dit...

That is all very cool,Blue.
Ne sois pas désolée à ton tour,
je comprends.
La filiation doit être plus
forte que je ne l'imagine,
probablement.

laurence a dit...

mais non Yvan je suis assez d'accord avec vous le lien est un lien très particulier qui est établi par l'adulte qui élève... C'est lui qui l'instaure en sachant que de ce lien là découleront tous les autres rapports au monde des adultes dans lequel chacun vit . Ce lien là doit pendant l'adolescence être suffisemment fort pour perdurer à un moment ou il peut être remis en question;peu importe comment on l'appelle et en tout cas l'enfant a toute la liberté de lui donner le nom... qu'il veut l'imposition par l'adulte est à mon avis un droit abusif
ce qui compte c'est la confiance qui y est mise et l'absence totale de double langage de l'adulte qui peut être parfois très pervers...

s.gordon a dit...

Qu'est-ce qui est très pervers?


Pardon, je suis hors sujet.

laurence a dit...

il est interdit de faire ce que je fais...dernièrement j'ai entendu une mère dire à son enfant "allez donne moi une tape tu vas voir...la duplicité de la double injonction...

laurence a dit...

je suis désolée je n'ai pas relu la phrase ne se comprend pas: l'adulte mais rassurez vous l'enfant "polymorphe"...

Blue a dit...

Bien évidemment Laurence, l'essentiel , c'est le lien et la confiance qui en découle s'il a été construit et nourrit dans les règles de l'art, néanmoins je crois que le langage, les mots choisis ont leur importance et permettent à mon avis de prendre acte de cette filiation.
Qu'elle soit bonne ou mauvaise pour soi.
Appeler son père ou sa mère par son prénom, peut aussi être une manière de se les approprier autrement ou de les mettre à distance, ce qui est de toute façon un leurre, et si je me positionnes en tant qu'enfant fille de, je sais que les rares fois où j'ai eu à utiliser ce subterfuge d'échange de mots , c'était parce que la douleur de penser mon père et ma mère capable de tels agissements m'était intolérable à ce moment là dans leur véritable rôle, et qu'il m'était plus facile d'appréhender leurs comportements en dehors de leur rôle de parent.

Les doubles contraintes et injonctions perverses ne sont pas l'apanage des parents, mais celles des parents conditionnent toute notre vie, du moins le peuvent longtemps jusqu'à qu'on s'en défasse.

Si ce jeune homme disais:
" Fabrice, je te hais ", l'impact même pour lui , dans sa construction psychique ne sera pas le même que " Papa, je te hais", tellement plus violent, tellement plus vrai aussi sans doute peut-être, tellement plus impliquant.
D'où, je crois humblement l'importance d'appeler un chat, un chat...

*Je mets juste, parce que c'est malgré tout ma nature profonde un bémol, disons plutôt un silence à mes propos, l'essentiel reste et est avant tout l'amour qu'un père ou qu'une mère donne à son enfant et la confiance qu'il a en lui, pour le reste bien entendu autant faire confiance à l'intéressé!