26.8.02

K et moi, on a gratté de-ci de-là jusqu'à trouver de quoi payer ses dettes à l'université. Lui l'argent qu'il a gagné, moi celui qu'il m'a prêté. Le voilà fin prêt, frais, dispos et pauvre, à attaquer la prochaine session.



D'autre part, j'ai disposé moi-même du pot de fleurs; il s'avère que Kevin a le coeur encore plus tendre que moi.

24.8.02

J'ai failli faire mon droit. J'ai choisi la littérature. Vingt ans après, force m'est de constater certaines choses, dont ceci: les dents de l'avocat moyen, même très moyen, sont en meilleur état que celles de l'écrivain qui vivote de sa plume. Trois ans que je n'ai pu consulter un dentiste, et cette nuit, une de mes molaires a résolu sa crise de nerf en explosant.



L'autre chose est que tous deux, le droit et le métier des lettres, consistent essentiellement à faire surgir des lapins de son chapeau.
Kevin et moi célébrons le premier anniversaire de notre rencontre. «Ça fait une semaine qu'on fête! bougonne-t-il. Ça fait un an!»



La bourse m'a été refusée. «Nous espérons que vous trouverez malgré tout les moyens voulus pour continuer votre démarche artistique...» L'hiver sera dur.



Mario a lancé son blog, Les temps post-modernes.

22.8.02

Comme si je risquais jamais de l'oublier, Sylvie Demers, la Liv des romans, me rappelle périodiquement et sans faire le moins du monde exprès pourquoi elle fut, reste et sera mon plus durable, mon plus inoxydable amour... Aujourd'hui, c'est par courrier électronique.



E-mail de Sylvie:



Objet: Synesthétique



Bonjour Christian,



Causant synesthésies, voici un extrait du texte «Richard Wagner et Tannhauser» de Charles Baudelaire dans lequel il commente brièvement les deux premières strophes de son poème «Correspondances». Le vers central «Les parfums, les couleurs et les sons se répondent» renvoie, entre autres, au vers final de ce sonnet qui «chante(nt) le transport de l’esprit et des sens».



Extrait du texte «Richard Wagner et Tannhauser» de Charles Baudelaire :



M'est-il permis à moi-même de raconter, de rendre avec des paroles la traduction inévitable que mon imagination fit du même morceau, lorsque je l'entendis pour la première fois, les yeux fermés, et que je me sentis pour ainsi dire enlevé de terre ? Je n'oserais certes pas parler avec complaisance de mes rêveries, s'il n'était pas utile de les joindre ici aux rêveries précédentes. Le lecteur sait quel but nous poursuivons : démontrer que la véritable musique suggère des idées analogues dans des cerveaux différents. D'ailleurs, il ne serait pas ridicule ici de raisonner a priori, sans analyse et sans comparaisons ; car ce qui serait vraiment surprenant, c'est que le son ne pût pas suggérer la couleur, que les couleurs ne pussent pas donner l'idée d'une mélodie, et que le son et la couleur fussent impropres à traduire des idées ; les choses s'étant toujours exprimées par une analogie réciproque, depuis le jour où Dieu a proféré le monde comme une complexe et indivisible totalité.



La nature est un temple où de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles ;

L'homme y passe à travers des forêts de symboles

Qui l'observent avec des regards familiers ?



Comme de longs échos qui de loin se confondent

Dans une ténébreuse et profonde unité,

Vaste comme la nuit et comme la clarté,

Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.



(Correspondances)




La voilà, ma Sylvie, soucieuse de m'éviter les embarras qui suivraient certainement ma réinvention sous un autre nom d'une doctrine énoncée en premier par Chuck B il y a cent quarante ans. Surprenant que Kevin n'ait pas d'emblée fait ce lien: il mange du Chuck B au petit déjeûner, le connaît mieux que les asticots du cimetière Montparnasse qui se repaissent de la carcasse, et je plains le pauvre diable qui lui apprendra la mort du poète...



Richard Wagner et Tannhäuser à Paris, c'est le titre complet de cette étude, d'abord publiée dans la Revue européenne le 1er avril 1861 avant de paraître en plaquette au mois de mai suivant. À première vue, Chuck B et moi parlons bien de la même chose, et pourtant non. «Le lecteur sait», écrit-il, «quel but nous poursuivons : démontrer que la véritable musique suggère des idées analogues dans des cerveaux différents.» Ce n'est certes pas le but que je poursuis, ne serait-ce que parce que je ne crois pas que ce soit le cas. En fait, je sais d'expérience que c'est faux: un même stimuli ne produit pas le même effet chez chacun, l'effet est tributaire de cent facteurs extrinsèques au stimuli et l'artiste fera bien d'user son précieux temps à démontrer que la véritable musique suggère des sensations et/ou des idées dans des natures différentes, sans se soucier de l'analogie. Quelle répugnante pensée, d'ailleurs, que celle de susciter d'identiques réactions en diverses personnes. C'est un travail de prêtre et de politicien, pas de poète. La synesthétique dont nous nous amusons à définir les propriétés, qui n'est qu'un creuset utile pour cristalliser nos conceptions, cette chose, donc, ne vise qu'à déclencher avec de l'encre une réaction tant physique que réflexive, que l'artiste s'ingénie à prévoir et contrôler —par exemple, en supprimant la ponctuation sans prévenir sur six cents mots, en y substituant des rimes riches et régulières rythmant une métrique alexandrine subliminale, si bien que le lecteur halète et que son coeur bat plus vite et que son débit mental accélère, essayez vous verrez c'est marrant!



Son Excellence shawine annonce qu'elle compte se casser en février 2004. Déjà, les louanges pleuvent. Cette ordure corrompue, ce couard bovin, ce honteux token-frog, ce sinistre colon est désormais en position de lire ses propres éloges funèbres avant même d'avoir rendu l'âme au diable qui la lui a achetée dans les années 60. Qu'il frétille forever dans un chaudron d'eau bouillante du Lac Meech.
E-mail de Justine:



Objet: Courriels



Moi j'aime ça les courriels, c'est intime; souvent la première chose que je

voudrais lire dans l'ordi d'un ami. Et puis c'est drôle de voir comme plusieurs personnes ne veulent pas voir leur nom se retrouver à tes côtés. «Ne me nomme pas», «ma blonde sait pas que je te connais», «mon mari sait pas que je te vois». Il faudrait pouvoir tout dire...



La Côte azurée ne va pas me manquer autant que ta matière grise maintenant. J'arrive et je te gâte.



xx
E-mail de (identité masquée sur demande de l'auteur):



Objet: In(dé)fini mon cul!



Tu as raison ce ne sont pas mes oignons, n'empêche que ça me rogne de voir cette fille sous-titrer sans vergogne son site Journal in(dé)fini après en avoir gommé toute trace de ton existence nominale. Hein? Parce que c'est toi qui l'as trouvée, cette (in)définition, je le sais, j'y étais, Annie t'engueulait en insistant pour que t'enlèves la liaison dangereuse vers son Journal de Script parce que t'avais osé ajouter une vague définition de ce que c'était pour toi, elle voulait pas que tu la définisses, ni toi ni personne, elle disait qu'elle ne se définissait même pas elle-même alors hein? et tu lui as dit d'aller se faire mettre, que tu écrivais ce que tu voulais dans TON journal, mais le lendemain ou deux jours après tu as remplacé la vague définition (Je n'arrive pas à me rappeler ce que c'était) par Journal In(dé)fini et vous avez fait la paix, je le sais, j'y étais, enfin pas tout le temps, mais j'entendais. Tu devrais pas laisser faire ça. C'est juste pas juste.



Autrement, j'aime bien ton Journal. Sa lecture me fait sentir... je sais pas, moi... que ma vie n'est pas si moche que ça, voilà! Que la tienne, je veux dire. Ha ha! Sauf ces derniers jours: meubler l'espace avec des courriels, ça fait écrivain essoufflé, il faut faire attention, t'as pas besoin de ça, qu'on dise que tu cales. En tout cas, si tu me fais le coup (haha), j'espère que tu vas masquer mon identité, comme on dit. Ma blonde ne sait pas que je te connais, et j'aimerais que ça reste comme ça.



Mon flo arrive, faut que je coupe court, ciao big guy.



identité masquée sur demande de l'auteur




Il me vient que peut-être mon fils et moi ne sommes pas si fondamentalement différents. Des idées, des projets, des plans de nègre, n'en ai-je pas treize à la douzaine qui fulgurent dans la vaste avide noirceur de mon esprit crépusculaire (celui qui flanque, faux-frère, mon esprit lumineux)? Et je les tire à vue, tout de suite après avoir joui de leur brillance, je fume une cigarette et je m'endors. Ce qui nous distingue, c'est qu'il en parle sans réserve, mais peut-être est-ce sa façon de les organiser, ces idées, les liquider, les hiérarchiser, les mettre à l'épreuve. Peut-être aussi est-il un homme si différent de moi qu'il peut jongler à l'aise avec plusieurs destins possibles sans connaître l'angoisse. Peut-être ne ressent-il pas le désir, n'éprouve-t-il pas la nécessité de se réfugier dans une idée fixe.



Parlant d'idée fixe: il s'est renseigné sur la barologie. Le cours dure trente heures et coûte trois cents dollars. Trouvez-moi une profession consacrée comme celle-là qui paie autant et qu'on peut apprendre en si peu de temps!

21.8.02

Fisto mio venu souper. Conversation comme autrefois, bi-directionnelle, profondément satisfaisante. Ratio 90/10: il a tant de projets, c'est vertigineux, je le regarde parler et je songe à mon père qui me traitait de rêveur, et je m'efforce de faire confiance à Jean-Christian comme j'aurais voulu que papa me fasse confiance, aveuglément, sans comprendre. Comprendre quoi, d'ailleurs? Sinon que la liste bukowskienne des choses que je n'ai pas envie de faire ou d'être rivalise en longueur avec celle des choses que Johnny souhaite entreprendre.



God, I love that kid.
Chevauché sept heures sur le premier sachet, vingt-six sur le second, les mots venant et s'alignant à la parade, divers, chamarrés, dociles, comme des régiments de zouaves pontificaux et de lanciers du Bengale. Je ne m'inquiète pas de ce que valent les phrases ainsi forgées: je fais le pari qu'elles tiendront. Mais non, c'est la valeur de la joie légère que j'éprouve à les écrire qui m'importe, si semblable à mes premiers émois de littérateur adolescent. Ces instants se font si cruellement désirer, davantage chaque année, et c'est toujours plus difficile et moins satisfaisant de compenser le déficit de coeur qu'accusent mes pages par un surcroît de technique et de magie blanche.
Bernard Landry a été bien avisé de désavouer les commentaires fin-de-régime de certains parlementaires PQ, à l'effet qu'une gouvernance adéquiste serait handicapée de façon rédhibitoire par leur manque d'expérience. Tas de putrides boomers pissous! Décrépits sapajous! Comment Serge Ménard ose-t-il se désintégrer ainsi, dilapider un capital moral patiemment accumulé en quelques secondes d'appétît partisan? Fuck him. Fuck le baby boom. Fuck le flot de catastrophes inextinguible que ces anomalies humaines continuent de déverser sur les restants du vingtième siècle.
Bigras commentant la rage débile de Roots Racine, son rôle dans Le Dernier Chapitre (I & II): «On a tous un peu de ça en nous.» La stupéfiante capacité de Dan à identifier le monde à lui m'ébahit tout autant aujourd'hui qu'il y a dix ans. S'attribuer le travail de son chum? «On a tous un peu de ça en nous.» Des gaz intestinaux? «On a tous un peu de ça en nous.» Des joutes de boxe barbare, infantiles, filmées, exhibées sans rougir sous couvert d'art et de sociologie? Hé! «On-a-tous-un-peu-de-ça-en-nous!!!»



Maudit vieux Dan.

20.8.02

Lessivé mes haillons par acquit de conscience, mais le saint détergent qui les rédimera n'a pas encore été saponifié.
J'ai décidé de demander à Kevin de disposer pour moi du pot de fleurs qu'Annie m'avait offert. Je me suis bravement et loyalement battu pour les garder en vie, pas un jour n'a passé sans que je les arrose, j'ai changé leur orientation afin qu'elles bénéficient du maigre soleil d'après-midi: basta! Seul le bégonia persévère, et si Kevin sait comment faire, nous tenterons peut-être de le transplanter.



Je le prierai aussi de faire en sorte que le kimono bleu ciel ne soit plus dans ma penderie. Il m'étonnerait qu'elle vienne jamais le renfiler.



Quand j'ai divorcé de mon chat Whisky, je n'aurais confié à personne la tâche difficile de faire ce qui devait être fait, mais le cas présent me semble différent. Ce vêtement, ces plantes mortes ne sont rien sans l'âme de leur propriétaire.
E-mail à ma semence:



Objet: Father's food, feelings and futilities.



Fridge fucking full, bon temps pour venir bouffer avec ton vieux, anyway write or call fisto mio kiss kiss.



Papa
L'Angleterre jouit depuis quelques années d'une navrante avance en matière d'érosion systémique des libertés individuelles. Caméras parsemées serré sur le domaine public et truffant le domaine privé, coalition des banques de données ministérielles et judiciaires, tout se passe comme si les mandarins du Civil Service, hommes en gris et autres Humphrey Appleby prenaient Brazil et 1984 pour un projet de société. Or, l'Union Européenne glisse vers ce pôle fascisant comme la civilisation sur le dos d'un néo-Hitlerjugend. Dernière trouvaille: forcer les fournisseurs de services internet à conserver la trace de toutes les communications initiées ou reçues par leur clientèle. Courriels, blogs, surfings: on gardera ces dossiers, qu'envierait la Stasi, de 12 à 24 mois, et chaque pays membre y accédera sans restriction. Le motif? Évidemment, le terrorisme, mais il n'y a pas que ça, ce refrain s'use et cette soupe s'affadit, faut l'épicer pour espérer la faire avaler aux Anglais qui mangent pourtant n'importe quoi, aussi ajoute-t-on la pédophilie et le racisme entre autres sujets de conversation à expurger. Maudits blokes blancs dégénérés, peuple de pédés, culture anale et malfaisante, engeance de rats et d'abuseurs confinée à son ilôt et finalement réduite à s'opprimer elle-même!



À ce train, L'UE, tous ses gouvernements fusionnés en un seul, donnera par contraste aux USA totalitaires des airs de squat anarchiste.



La commissaire à l'information (!) britannique, Élizabeth France (!!), chuchote quelque chose à l'effet que cette nouvelle charogne de législation serait susceptible d'entrer en conflit avec une autre charogne de législation, plus mûre et pourtant moins puante.
Au début, Justine m'a fait attendre, et j'ai attendu. J'aurais attendu jusqu'au Jugement Dernier du dernier bagnard damné en des temps révolus, s'il l'avait fallu. Je savais qu'elle pigerait. De fait, elle a fini par voir que ça me déplaisait d'une façon qui ne lui procurait ni défi ni plaisir et s'est empressée de s'en lasser. Justine est une femme unique parce qu'elle sait être toutes les femmes.



Quand mon ordinateur m'a mangé deux mille mots tantôt, je l'ai suspendu au-dessus du grand canyon de ma ruelle, décidé à en finir avec ce méchant vieux bestiau emphysémateux, décidé presque, décidé pas assez, j'ai pensé à Justine et j'ai composé son numéro, mon mail matinal demeuré sans réponse me semblait soudain le plus urgent assemblage d'électrons qui soit...



Sa voix venait claire comme lorsqu'elle me murmure d'exquises cochonneries à l'oreille, son corps interdit moulé au mien, excepté que la créature se prélassait sur une putain de plage niçoise, pas désolée du tout, j'ai failli lui souhaiter une tempête de mistral avant de l'embrasser en riant pour la remercier d'être là et d'être elle à portée de satellite, et d'avoir sauvé mon ordinateur d'un plongeon infâmant.
E-mail d'Emmanuel:



Objet: Mollo Daddy-O.



Cri,



Sit back, relaxe, je t'écris comme je t'ai dit que j'allais le faire, et aussi parce que tu me l'as demandé. Oui, c'est vrai, hier j'ai trouvé que tu y allais un peu fort sur Kevin. Je trouvais que tu l'acculais dans ses coins avec une férocité que j'aime pas te voir. T'en attends trop de lui. C'est jamais qu'un tout jeune homme, après tout, merde! Surdoué je veux bien, mais justement! Tu l'étais bien, toi, et la pression t'a jamais rien valu de bon. T'as beau chanter ton cantique ancien ("Si on attend le meilleur des gens, on l'obtient, et c'est la même chose pour le pire, et cetera!"), n'empêche qu'à trop vouloir parer les coups pour lui, les coups classiques, les coups connus, soit tu vois pas ceux que t'ignores, et alors il en est pour ses frais et toi, mon pauvre vieux, tu te le pardonneras jamais, soit ça marche et alors il est fait, comme un fromage sur le comptoir il est fait et refait, parce que rien de ce qu'il pourrait apprendre de toi ne vaudra jamais l'empirique apprentissage. À quoi ça sert de l'engueuler pour qu'il change de lunettes? À quoi ça sert de lui expliquer ce que seront ses yeux dans dix ans? De lui dicter ce qui est important? Que sais-tu de ce qui est important, à part ce que tu as compris par toi-même après l'avoir perdu par toi-même? Fous-lui la paix. En bout de ligne, tu sais aussi bien que moi que ses yeux ne sont pas ton souci. Tu veux juste l'armer, le caparaçonner de raison et de détermination pour blinder son coeur tendre et son talent, exposés à toutes les prédations. T'es un con. Et je t'aime, comme de raison.



Circius




19.8.02

J'ai battu Kevin au pool. Le chèque est arrivé, on a fait les courses, on s'est accroché les pieds dans un bar, on a fait un billard, puis deux, et juste quand K allait couler la 8, un vieux pochard providentiel a trébuché, s'est retenu à la table, exit la 8, a tout fallu recommencer, Kevin en beau maudit, accumulant une faute sur l'autre et chacune engendrant la suivante, et c'est ainsi que ça s'est passé, bing bang, coup sur coup, à quoi sert un journal sinon à documenter les occurrences rarissimes: j'ai battu Kevin au pool!



Assis entre les chiottes et la machine à cigarettes, Circius se marrait en Français, équivoque et soucieux de ne pas se mouiller. Je l'ai mis au défi et Kevin lui tendait déjà sa baguette quand Manu a dit: «OUI, je veux BIEN, mais là NON, c'est pas FAIR-PLAY!»



Cet enfoiré voulait pas jouer à moins qu'on trouve une table de billard français. À Montréal. Christ.
Vendredi, Mario est venu; il a conçu un nouveau film Flash pour la frontispice du site. Circius est content, depuis le temps qu'il voulait des lettres qui viennent et vont (de) nulle part. Le motif choisi s'appelle Vortex, comme par hasard. Tout se met en place, puis s'envole dans un joli tourbillon, comme emporté par un coup de vent.
La NASA travaille à un dispositif visant à interpréter les pensées des voyageurs dans les aéroports. Des senseurs électro-encéphalographiques ne nécessitant aucun contact, à la façon de détecteurs de métal. On cherchera à identifier la zone du cerveau qui est stimulée à l'instant précis où le sujet traverse le champ.
Appelé Kevin pour le prévenir de s'attendre à une ruée vers son site, qui figure aujourd'hui parmi les nouveautés culturelles de la Toile du Québec.



Rêve troublant: je tombe sur un livre manufacturé par ma mère à l'intention de son mari, cousu main, magnifique, chaque page constituée d'émaux cuits sur papier en images d'un puissant érotisme, sauf certaines plus claires qui parlent de moi: «Chaque couple a son drame... Le nôtre, c'est Christian...»



Les trois dernières me représentent en divers états progressifs d'adolescence et laissent percer la promesse que je partirai bientôt. À la fin, perplexe, j'interroge maman du regard. Elle hausse les épaules, l'air de dire: «C'est comme ça!», se lève et s'en va d'un pas jeune et agile de femme amoureuse.



18.8.02

Il faut se préserver des phagocytes qui bavent de l'acide sur ce qu'ils ne pourront jamais posséder.
Justine, l'oeil mutin, m'a parlé du règne de Vénus, cette période dans la vie d'une personne, d'une durée élastique, où elle est incandescente et sexy, désirable sans égard à sa jeunesse où l'harmonie de ses traits. Mélancolie.
Le Net est infecté des élucubrations geignardes de pathétiques bas-bleus qui s'inventent des amies pour tromper leur abjecte solitude.
Soupçon de dépression post-party.

15.8.02

Ajouté un moteur de recherche intra-site ainsi qu'un plan d'icelui.
Sinesthétique, ou l'esthétique du péché.
On est supposé finir le barillet de 5 litres au plus tard huit heures après l'avoir mis en perce, sous peine de boire une bière éventée, voire corrompue, mais cela s'est révélé au-delà de ma soif hier, et je m'y remets donc de bon coeur ce matin. Cheers.

14.8.02

Jamais entendu parler de synesthésie avant aujourd'hui. Nabokov était synesthète. Ce sont des gens disposant d'un sixième sens, dont les sens ont fusionné. Certains voient la musique, ou sont touchés physiquement par elle sur des parties du corps, d'autres goûtent les mots. Littéralement. London conjure une saveur de patates grossièrement pilées, Paris des pêches au sirop. Un type a dû rompre avec sa blonde, Tracy, parce que la seule mention de ce nom lui emplissait la bouche de merde. Imaginez écrire de telle façon qu'on puisse susciter ça chez chacun! Écrire en suscitant chez tous une réaction de l'épiderme! Je vais peut-être me réclamer dorénavant d'une nouvelle école littéraire: la synesthétique...



Nouveau nom, vieux concept. Au moins aussi ancien que mes conversations avec Louis Hamelin à la fin des années 80. Louis appelait ce que nous faisions «néo-lyrisme», mais le terme ne m'a jamais entièrement satisfait. Il décrivait la forme, mais pas la fonction du style que nous recherchions.



À méditer.
Ce cher S, archétype du patient impatient, est venu bien près de sortir de chez son médecin menottes aux poings. Un malentendu sur la date du rendez-vous. Je viens de passer une heure à le calmer. Il demande peu d'entretien, d'ordinaire, mais ces deux derniers jours, on peut dire qu'il me tient occupé.
Je vis dans mon lit, comme Marcel Proust. S'il avait eu la télé câblée, je me demande s'il se serait mis à la recherche du temps perdu?
Quatrième jour de smoke & fog, ciel athénien. Nous respirons les émanations de la décadence.
S est passé récupérer son bric-à-brac vers minuit. Vieux motard que jamais.



Un lecteur m'écrit «pour sa cousine». Que signifie au juste Vortex Violet? Au juste, c'est difficile à dire, mais en gros, c'est le violent et velouté vagin virtuel de la Vie. Capito?

13.8.02

Les argousins sont dans le building. S est venu stasher son stock dans mon coffre.



Le blé d'Inde est gras et sucré cette année.
K s'éveille, des plumes d'oreiller adhérant à son crâne rasé, on dirait qu'il a triché au poker. Saluant la chaleur, ses premiers mots sont «J'capote, j'capote!»



Justine est en route avec de beaux cadeaux pour bibi: deux kegs de broue bien fraîche. K se propose d'appeler les boyards dont il peint le château pour se décommander.



Le ciel montréalais est lourd de smog, angelino.
Mal aux cheveux. Kevin cuve dans ses culottes de peintre en bâtiment dégueulasses. On a regardé Le dernier empereur (de Chine) en mangeant du poulet du général Tao. Il a fait son choix de cours pour la session d'automne. On a discuté de trafic d'influence littéraire. Il s'avoue surpris de ce que je lui fais découvrir.

12.8.02

Si ce n'est au sombre et sale fin fond d'une ruelle, tel que prédit par mon beau-père, je finirai fondu sur un grabat blanc, je serai l'un de ces pauvres diables dont on dit avec une tristesse stupéfaite: «Il pesait deux cent cinquante livres au début de sa maladie et pschhtt! En trois semaines, il n'y avait plus rien.»
Le diocèse de San Jose, en Californie, a décidé de munir ses confessionnaux de fenêtres, afin de "rassurer les paroissiens". On voudrait bien, dans certaines officines, en faire autant de la tête des gens, histoire de surveiller ce qui s'y passe.
Toujours cette idée des choses rêches qui me tourmente. Parfois je ne supporte plus le contact de ma propre langue sur mon palais. Rude ironie.
Cette nuit, un autre homme a été abattu au sortir d'un club du Mile-End. Probablement un de mes points d'eau clandestins. Les flics ont retrouvé l'arme dans une poubelle. Les tireurs jettent toujours leur quincaillerie dans une poubelle, proprement, stupidement. J'ai observé le cadavre à la télé, me suis imaginé à sa place.

11.8.02

L'association d'idées est un processus mystérieux, automatique et primesautier; si l'on ne prend garde de l'observer en action tout en le documentant, on peut très bien se retrouver quelque part sans savoir d'où l'on est parti. C'est ce qui m'arrive à l'instant, alors que j'en suis venu, je ne sais par quel chemin, à songer comment je ne laisse pas passer une occasion d'embrasser mon fils et de le serrer à l'étouffer. C'est donc faux de dire qu'on ne peut jamais donner que ce qu'on a reçu.
En écumant le livre de VLB, finalement trouvé l'exergue parfait: une citation de James Joyce! Suis aussi tombé sur sa «chanson à Julie», un texte extraordinairement touchant, paru originellement dans Châtelaine en 1974. Julie Beaulieu avait deux ans, et apparaît en tous points semblable à ce qu'elle serait vingt ans plus tard, quand on s'est connus. Les yeux pleins de science infuse.



Récemment, quand elle m'a dit: «Je travaille pour mon père, maintenant», j'ai pensé à Jésus disant la même chose à ses parents qui l'avaient retrouvé dans le Temple, rivant leur clou aux érudits.
Cette femme nue sur son balcon, exposée au conspect du populo du Plateau, semblait ne plus savoir par où réintégrer l'intimité de son studio, quoique la porte fût juste derrière elle. L'herbe est forte cette saison.

10.8.02

Le père Lemoine s'est finalement manifesté, branché de frais sur Internet. Les grévistes de Vidéotron n'ont plus à se soucier de trancher les câbles: Mario les aura tous fait fondre avant la fin de la semaine.
La prochaine fois que mon kid me rebat les oreilles avec la prétendue science perdue des anciens Égyptiens, je lui parlerai des récents scans qui révèlent la pourriture de leurs dents, due à leur passion pour le sucre. S'ils n'ont pu inventer la brosse à dents, ça m'étonnerait qu'ils aient su le secret du nucléaire.
Depuis Augustin, qui prenait rarement le temps de se reziper, la question fait rage de savoir ce qui vaincra, de la chair ou de l'esprit. C'est pourquoi Grégoire VII a eu la brillante idée d'exiger le célibat des prêtres. Mais n'est-ce pas là un faux débat, une prémisse sophistique malsaine? On bande autant de la tête que du mandrin, me semble-t-il, et on jouit d'une image avant de frémir au contact. Prétendre qu'il y a opposition entre la chair et l'esprit, n'est-ce pas entraîner l'homme dans une guerre sans fin avec lui-même?
ange

Conçu un modèle de blog pour ma petite soeur. Collé une angelote dessus, son portrait tout craché à cet âge.



Avec K, on revisionne The Godfather en finissant la bière à petites gorgées prudentes.
Sans nouvelles de Mario depuis qu'il s'est transplanté chez sa mère. Je parie qu'elle lui interdit de jouer avec moi, pour cause de mauvaise influence. Après tout, il n'a que 51 ans.

9.8.02

K s'est chargé de la tambouille: frites, saucisses piquantes et oignons frits. Il m'en a décrit l'odeur (la coco m'a détruit les senteuses), je lui en ai décrit le goût (il engloutit tout si vite que ses papilles n'ont pas une chance). On a bâfré comme des chancres.
Justine la démone est débarquée avec une 24, que le bon Dieu la bénisse, que le diable la chérisse.
Si, quand je parle, le monde me comprenait moitié aussi bien que Kevin quand je ne dis rien, what a wonderful world this would be. Nous anticipons nos réflexions, lisons nos pensées de droite à gauche et de bas en haut et de long en large avec une clarté déroutante.
Pour démarrer (ou se marrer): on fournira le Viagra gratis, à hauteur de six doses par mois, aux fonctionnaires de l'Union Européenne qui ne fonctionnent pas. Pendant ce temps, un gros astéroïde s'approche de la Terre...

8.8.02

Ce ciel cognac m'inspire une poésie brute et sale comme une soie grège.
Entendu Jauni Halliday sérénader l'équipe nationale de foot: «La France est debout!» et, plus loin, «La France est à vos pieds!» Fatalement, on imagine un peuple de lilliputiens.



Ce qui me fait penser: faudra que je songe à demander à Lilli Gulliver si son pseudonyme était conçu pour évoquer Lilliput.
Il me vient à l'esprit que si j'obtiens cette bourse, je pourrais offrir un cours de barman à fiston. Un barman peut se débrouiller partout sur la planète, les pays islamiques mis à part. Surtout s'il ne boit pas, comme c'est son cas. Et puis, un barman dans la famille, ça serait sacrément utile. Je lui ai mis l'idée en tête il y a deux ans, et elle semble avoir fait son chemin. Ça n'a pas nui que je demande à Guillaume Vigneault de lui parler du métier. Le fric coule à flots, les heures sont bonnes, les gonzesses déboulent et on apprend un tas de choses si on sait voir et écouter...
Rêve: je marche dans la lande brumeuse avec ma canne, mon chapeau, mon chien Verlaine et un manteau de cuir chevelu.

7.8.02

Le métier des lettres est tout de même le seul où l'on puisse, sans ridicule, ne pas gagner d'argent.



Jules Renard



Pour tout dire, c'est même assez mal vu.

Kevin m'a raconté comment, dans le temps, il allait pêcher son souper sur le bord de la falaise, après l'école...



6.8.02

Kevin en chemin avec le dessein de mijoter son célèbre ragoût de maquereau. On va se faire un festin de pimps!
Visite de monsieur mon fils. Magnifique, mais toujours persuadé que les Japonais disposent de bases lunaires secrètes. Les silences flottent de plus en plus pesamment entre nous. Je n'ose rien suggérer, tout à la joie de le voir.
Québec Amérique, mon ancien éditeur, m'avise de son intention de pilonner Avoir 17 ans, un recueil de nouvelles collectif sur ce thème suggéré par Rimbaud. On m'offre de racheter les 109 exemplaires restants à 1$ pièce. On m'assure aussi que le calcul de mes derniers droits sera arrêté au 31 décembre. Des droits que tous les auteurs avaient d'emblée cédés à Amnistie Internationale. Il y a des prisonniers politiques qui n'en mènent sûrement pas large s'ils attendent après ce fric-là pour améliorer leur sort.
57e anniversaire d'Hiroshima. Festival de la fierté d'Enola Gay.



Chute subite de température. Bunker frisquet comme un chalet au bord du lac en automne.

5.8.02

Toute la journée sous le signe de la tératologie: converti la nouvelle monstrueuse de Justine en Word RTF avant de l'envoyer à la revue avec un mot d'introduction. L'histoire est tellement hot que c'est un peu criminel de me la donner à lire par un temps pareil.
Mission accomplie. J'ai gardé ça court, vu que les chaleurs d'août ne font rien pour ma paresse. Puis, je suis descendu chez XYZ pour imprimer la chose, me faisant fondre un peu de suif par la même occasion. Au retour, j'ai réalisé en relisant la lettre de Moebius que la directrice du numéro préférait recevoir le texte par courriel. Je suis un dinosaure.



Ai rapporté le Tom Wolfe à la bibliothèque sans en achever la lecture. Traduction urticante. Ai opté pour Entre la sainteté et le terrorisme, de VLB, sur suggestion de Pastis dans mon Forum. Espère y trouver un chouette exergue pour ce Journal.



Le Parc était quasiment désert, malgré la touffeur crevante comme semblent l'aimer tant de bronzeurs d'ordinaire.

Aujourd'hui, je m'attelle à mon texte de commande sur les monstres, pour Moebius. Me suis fouillé comme un gestapiste, à la recherche d'une idée. Ma conception du monstrueux est assez floue. Suis pas même sûr que ça existe. Enfin, juste avant de fermer l'oeil, j'ai mis le doigt sur quelque chose.

4.8.02

Calgary se trouve bien dans l'axe du Texas? Il y est tombé hier plus de 5 cm de neige. De quoi inciter doublevé à réviser sa position sur le Protocole de Kyoto.

3.8.02

Viens d'apprendre qu'Étienne équivaut à Steven en anglais, ce qui l'assimile à Stéphane. Me coucherai moins ignorant.
Tel Thor avec son mjolnir, je frappe mon lit du plat de ma canne, et un, deux, trois nuages de poussière s'en expriment. Annie avait raison: c'est foutrement crasseux, chez moi.
Claude et Sarah songent à engendrer. Ce sera le plus beau petit Juif depuis Jésus-Christ!
Dans ma première circulaire aux abonnés, je propose l'élaboration collective d'un livre de témoignages sur les profs qui se distinguent dans notre mémoire. Jusqu'à maintenant, deux réponses sur trois me racontent des histoires d'horreur. Pas précisément ce que j'avais en tête, mais troublant.



Dormi seize heures comme une souche de chêne. Obligé de m'assoupir durant une visite du petit, c'est tout dire. Il m'a rapporté la gourmette de grand-père que je lui ai offerte à son anniversaire, histoire de la mettre à l'abri: la rue n'est pas l'endroit idéal pour conserver un bijou précieux.



Kevin nous a offert un souper de PFK, puis s'est mis à podorythmer du folklore. En partant, il m'a bordé.



Auparavant, me suis fait heurter par un vélo. Péroné miserere. La routine.



2.8.02

L'enflée vessie smoggeuse, le plafond montréalais gorgé de flotte impatiente, l'écluse urgée de rompre, enfin, la céleste Grande Jument Laurentienne nous perd plus tard que tôt ses eaux en pleine gueule, et comme c'est un spectacle glorieux, cette nuit beige et rousse qui semble nous photographier au flash en pissant fort sur le pavé, comme mes fleurs agonisantes doivent boire avec férocité, comme la tempête se prête au coeur lascif de ce pays peuplé de pertes, qui conserve la mémoire physique d'un temps avant cet âge frileux!



L'humeur acide d'un ciel qui gronde s'engouffre avec violence par ma croisée béante, mouille la moitié du plancher jusqu'à mon établi, et je laisse faire, trempant mes bas. Justine m'a traité hier de conciliant, et ça m'a assez plu, et je m'en voudrais de la décevoir, mais plus encore je me plais en personne patiente, impénitent Protée que je demeure. En outre, je suis depuis lontemps d'avis qu'on obtient le meilleur du monde en l'attendant de lui, et que ça vaut pour le pire aussi.
Enfin une nouvelle encourageante! Le FBI harcèle les 37 membres des Senate and House intelligence committees afin de découvrir la source de fuites insignifiantes. Or, ces législateurs, à qui l'on est allé jusqu'à demander de se soumettre au polygraphe, ne semblent pas apprécier qu'une agence qu'ils supervisent les traite comme des criminels. Cette nouvelle, je vais dormir dessus, glissée sous mes deux oreilles. Le FBI n'est qu'un gros orgueilleux raton-laveur impuissant pris au piège de sa structurelle sottise qui se ronge la patte pour en sortir, quitte à y laisser tout son sang. Écoeurer congressistes et sénateurs! Go go go, G-Boys. J'appuie votre oeuvre de tout mon coeur. Quoi de mieux que congressistes et sénateurs goûtant un peu de leur médecine avant de la distribuer? On a des chances qu'ils l'adoucissent.
Grimpant l'escalier de fer chez Mario hier, j'ai trouvé une touche de clavier Macintosh sur la huitième marche. La touche esc. J'ai attendu pour la lui donner que sa voisine ait fini de le féliciter pour son inspirante évasion de ce trou à rats.
Capturé une bibitte à patates. L'ai soigneusement transportée dehors. Quand on songe à ce que je fais subir aux scarabées et aux papillons bruns, ça soulève la question des avantages de la beauté subjective. Et la question de Dieu, tant qu'à y être, lequel, pour autant qu'on en puisse juger, fait la même chose avec nous, et pour les mêmes raisons.
Le prof Jean-Louis Lessard, du CÉGEP de Baie-Comeau, a créé un site enrichissant, synthétique et d'agréable navigation sur la littérature québécoise. Le genre d'adresse qui justifie la prétention du Net à instruire. Or, le parcourant, je suis tombé sur un extrait de Vautour, suivi d'un court questionnaire destiné à la préparation des étudiants, genre analyse de texte, mais intelligent, ouvert, sans choix de réponses. Comment pourrions-nous décrire sa situation, si nous considérons les paragraphes 3, 4 et 7? Où Mistral puise-t-il son inspiration pour écrire ses oeuvres? Mistral est un écrivain moderne. C'est ce qu'il explique à Vautour. Où se trouve la modernité? J'ai essayé de répondre. J'aime les examens. Celui-là, cependant, ça ne m'étonnerait guère que je l'aie lamentablement coulé...

1.8.02

Échange de courriels:



Marie-Josée: «Et toi, comment vas-tu? Je comprends que tu dois avoir très chaud, même ici c'est quasi insupportable, j'imagine à Mtl.»



Moi: «Je suis, donc je sue.»



Elle: «Je pense, donc je pue.»



Moi: «Je sue, donc j'essuie!»



À suivre.
Bon, s'cusez, j'ai été interrompu par une fausse alerte au feu. Cent appartements dans cette boîte, et on était à peine six à descendre. C'est un nouveau système qu'ils ont testé comme on crie au loup, quotidiennement durant un mois, si bien que (presque) plus personne n'y croit.



En bas, une fois la crise résorbée, on attendait l'ascenseur pour remonter quand un grand échalas flanqué d'une petite conne sont passés devant nous, lui nous conseillant de prendre l'escalier, elle ajoutant quelque chose sur les croûlants qui n'utilisent plus leurs jambes, sur quoi je lui ai décoché un sévère pied au cul qui m'a rappelé ma saison de rugby au Séminaire, elle a levé de terre, et voilà, j'étais bien tranquille chez moi, me mêlant de mes affaires, et me voici redevenu batteur de femme!



Et pédagogue, préciserai-je à ma décharge.



Mario m'a appelé, contrôlant sa panique (ce grésillement autour du coeur): «Les déménageurs sont pas là! Peux-tu venir? J'ai entassé une moitié de mes affaires devant le building et l'autre moitié derrière! Je fournis pas à surveiller les deux!»



D'emblée, d'expérience, j'ai renoncé à questionner sa stratégie. Ma compagnie de téléphone facture à la minute arrondie au cube.



«Si tu viens, s'est-il senti obligé d'ajouter, je paie la bière. On s'asseoit dans les escaliers et on boit de la bière...»



Misère! Mario, comme tu sais m'enrager.



Pris mon sweet time, plus pour me calmer que pour le punir. En arrivant une heure et demie plus tard, je l'ai engueulé un bon coup, lui ai redit qu'il méritait l'amitié de ses amis, qu'en proposant de les acheter il les faisait se sentir aussi cheap que lui, et il a recompris, parce qu'il le sait déjà, c'est juste plus fort que lui, puis on s'est tombé dans les bras et on s'est bien marré tout le délirant restant de l'après-midi. On a usé nos cellulaires en appels à Hull, qui s'appelle maintenant Gatineau, pour trouver le numéro de l'hôtel Delta, qui s'appelle maintenant Dieu sait quoi. Son fils travaille là, croit-il savoir, et à l'heure où Mario retourne chez sa mère, ça lui aurait fait du bien d'être père l'espace d'un court interurb...







Dieu n'est pas là et Homer est son prophète.
Selon un jury d'honnêtes gens, Jean-Pierre Lizotte s'est massacré tout seul au Shed Café en 1999. Il est mort alors, mais c'est bien aujourd'hui qu'on l'enterre, creux, plus creux que ça, profondément. Le policier Giovanni Stante n'a commis ni homicide involontaire, ni voies de fait, ni voies de fait ayant causé des lésions. Le sans-abri est arrivé au Shed en se crossant, avec tant d'enthousiasme qu'il s'est rompu les vertèbres et a succombé à ses blessures 41 jours plus tard.



La masturbation rend sourd. La mort aussi.
Caméras parlantes anti-balles dans les ruelles de Los Angeles: «Stop! This is the LAPD. We have just taken your photograph. We will use this photograph to prosecute you. Leave now...»
Beaucoup de bruit aujourd'hui autour du prétendu enlèvement d'un enfant par son père. Il ne l'a pas ramené à l'heure chez la reine abeille et SCHLOMP! Tout un Québec dysfonctionnel délateur lui tombe sur le râble, des flics aux média en passant par les psys et les simples, très simples citoyens, dont cette honnête moucharde qui l'a suivi de Saint-Hyacinthe à Montréal où il est tombé dans les filets porcins.



Beaucoup de bruit, choeur unanime, et personne pour questionner le concept même d'enlèvement. Car enfin, à qui appartiennent ces enfants? Selon que ça nous arrange, ils appartiennent soit à personne, soit à eux-mêmes, soit aux parents, soit à l'État. Dans les faits, un père ne peut être décemment accusé de rapt que si la progéniture des peuples est propriété collective, ou de l'individu mère. Putain, ça prendra encore une ou deux générations, mais attendons-nous à ce que les mecs dégénèrent.



On a un droit d'auteur sur nos enfants. L'État, bas les pattes! Un gosse, à l'origine, est le plus souvent le fruit d'une idée, d'une vision, d'une intention conjointe de ses parents. On a le libre-arbitre, supposément, en occident, on est maître de son corps et des fonctions reproductives. On fabrique un enfant pour qu'il donne un sens à notre vie, pas pour fournir au pays un payeur de taxes supplémentaire, pas pour sauver la langue française, pas pour contribuer la viande de sa viande à un futur orphelinisé par la force et l'ignorance et l'aveuglement et la lâcheté et la terreur latente.



On verra bien si les gars ne domineront pas leur instinct de reproduction quand ils auront intégré l'évidence qu'on attend d'eux qu'ils continuent de nourrir une nichée invisible, insensible, retranchée de leur substance et de leur héritage.



Soit dit en passant (pour parler comme Mario), s'il vous arrive de kidnapper votre kid, évitez d'utiliser votre téléphone cellulaire.
Beau mot du jour: Protogine (Petit [Paul] Robert: n.m. ou f. Granite contenant du chlorite, qu'on rencontre dans le massif du Mont-Blanc). Comme dans: «Je graverai mon épitaphe sur une massive dalle de protogine avec la pointe de ma Mont-Blanc!»
Une fois conduit à la guerre, un peuple oubliera jusqu'à l'existence de la tolérance... l'esprit de brutalité impitoyable s'emparera de chaque fibre de notre nation.



Woodrow Wilson, 1916
Attachez vos tuques avec de la broche: je sens que ça va être une grosse journée!



Soirée effoiré avec Kevin et Mario. Pour ce dernier, trouvé deux nouveaux anthroponymes à ajouter au Lexique: tontine et macfarlane. Ainsi donc, échoués comme trois baleines sur une plage de Cape Cod, on s'est euthanasiés au vin et à la bière, sauf Mario qui a tenu parole, résistant aux quolibets de Kevin qui le traitait d'abstème. K veut finir de repeindre le Bunker ce week-end: il est tellement zombifié par son travail d'été qu'il pourrait le faire dans son sommeil. Dommage qu'il ne puisse le faire dans le mien.



Solide, qu'on a stagné, mais Kevin en a quand même profité pour corriger son addendum à LIBER, attendu qu'il n'était qu'à moitié soûl, soit moitié moins que l'avant-veille lorsqu'il l'a publié.



Quant à Justine, dès que j'ai confirmé qu'il me serait agréable de la voir, elle s'est sentie mieux et, en conséquence, n'a pas eu besoin de venir. Allez y comprendre quelque chose.

31.7.02

B est passé, straight de l'école de soudure (après avoir réalisé sa première sculpture, un indien en érection, intitulée En rut vers la gloire!: le prof a décidé d'en faire la mascotte de la classe). Il prend l'avion ce soir pour Maliotenam, où l'on attend impatiemment ses talents d'artificier combinés à sa suicidaire absence de souci pour sa sécurité personnelle. Il va leur faire un feu du feu de Dieu!



Mario guette nerveusement l'horloge, histoire de ne pas louper son rancard avec ses deux costauds déménageurs (attendus demain entre midi et trois heures). Mes voisins de part et d'autre ont filé: hâte de voir sur quoi je vais tomber pour les remplacer. Deux d'un coup, c'est plus forçant à intimider.



Justine, tristounette, a demandé à venir faire un tour pour recharger ses batteries.



Remis à Vanasse le manuscrit retrouvé de Fange et Furie, mes poèmes de jeunesse; les relisant, j'hésite entre la haine et la détestation, mais je fais un bien mauvais juge en la matière. Quoi qu'il en soit, la collection Phrases détachées a été créée par XYZ pour accueillir Fatalis, le long poème que j'avais généré en état de grâce en testant ma nouvelle machine à écrire électrique...
Le fermier bolivien qui remplace la culture de la coca par celle du café ou de la banane voit son déjà maigre revenu amputé de 90%. Le marché de la banane est à la baisse. Je dis: laissons ce pauvre fermier revenir à sa culture d'élection et encourageons-le en consommant sa production! Peut-être aussi serait-il sain d'envisager la création de coopératives Coke équitable sur le modèle de celles qui canalisent l'exportation du café à juste prix.
Je fais ce qu'on pourrait qualifier d'esprit d'escalier par anticipation. Tout ce qu'on aurait dû faire, accomplir, réaliser, et auquel on songe le soir venu, trop tard, en gravissant l'escalier de chez soi. Sauf que moi j'y pense maintenant, avant. Et qu'en imagination, je ne monte pas l'escalier, je le descends, et c'est un escalier roulant vers les entrailles de l'existence naturelle, quelque purgatoire gris.

30.7.02

Depuis deux, trois jours, à tout propos, j'éprouve un satané vilain frisson le long de l'échine à l'idée de choses râpeuses comme des langues de chat ou des ongles qui crissent sur un tableau noir ou un pied de rhubarbe frotté sur les palettes du bas. C'est-y normal, docteur?
Mario arrive en jurant ses grands dieux qu'on ne l'y reprendra plus à boire. À croire qu'il y a un écho dans le Bunker.



La tabatière ressemble à la rivière Chaudière au mois d'août. On tire sur la même cigarette à petites bouffées précieuses.



Je mène une vie de sybarite, le luxe et le raffinement en moins.

Serait-ce si grave si je n'écrivais rien aujourd'hui? Oups! Trop tard.

29.7.02

Travail d'écriture ralenti par la nécessité d'écraser les papillons attirés par l'écran cathodique, semant ici et là de gras petits pâtés sanguinolents.



Déguste de grands verres d'eau glacée aromatisée à la menthe fraîche. La classe.
Marie-Josée m'a apporté de la rhubarbe: méchant flashback acidulé au jardin de grand-mère, ce temps de sucre blanc dans un godet d'aluminium...



Elle m'a aussi composé un bouquet de menthe sauvage, thym en fleurs et ciboulette. Des effluves dont le Bunker a bien besoin.
38 degrés à l'ombre. Faut-il s'étonner qu'on n'ait jamais découvert grand chose en Afrique? Que le Sud ait perdu la Guerre Civile? Fait trop chaud! J'ai fermé les rideaux pour m'isoler au frais, mais à travers l'épais tissu j'entends briller le soleil.



N'empêche, la météo, c'est bien pratique pour dépanner l'inspiration.

28.7.02

Les gens d'argent états-uniens, ceux qui en ont, ceux qui en veulent, ceux qui en veulent plus, tous ces obèses ignares sentent la vichyssoise chaude, s'égaillent comme des poulets décapités, pratiquent la pensée magique du désespoir. C'est beau à voir... Pour ma part, à supposer que je fasse bien attention, des efforts sans faille, que j'exerce une vigilance de tous les instants, j'ai confiance de réussir à ne pas devenir millionnaire. Jusqu'à maintenant, je ne me suis pas trop mal débrouillé.





Sophie Chiasson jpg


J'ai un brûlant crush adolescent sur Sophie Chiasson, Miss Météomédia. Vague de chaleur, mais rien d'accablant; humidex à la hausse.
Le pape homélise sous la pluie à Toronto. Je donnerais cher pour que ça me fasse quelque chose. Souvenir de mon émotion à l'annonce du décès de Paul VI: courant au-dehors, traversant le petit pont en criant pour avertir ma mère en promenade sur l'île: «Le pape est mort! Le pape est mort!»



Songé à détacher ce Journal d'Origines pour en faire au bout d'un an le quatrième tome de Vortex Violet: VACUUM!



Perplexe: mes fleurs dépérissent à fond de train. Peut-être cela a-t-il à voir avec l'habitude du voisin du dessus de laver son balcon à grands jets d'eau javellisée avant de domper le surplus chez moi?